Affaire Benalla : un homme de main devenu encombrant

02 Janvier 2019

Le feuilleton des aventures d’Alexandre Benalla n’en finit pas, au grand dam de Macron. Après son licenciement par la présidence en juillet, on a su que ses passeports diplomatiques avaient été réclamés, rendus puis redonnés. Mais maintenant Benalla a fait savoir qu’en fait il a gardé des contacts par téléphone avec Macron et son entourage.

Le personnage, devenu encombrant après les révélations sur son comportement de faux policier lors des manifestations du 1er mai, a-t-il continué à travailler pour Macron, ce qui expliquerait sa présence au Tchad peu avant le voyage de son patron ? Ou bien exploite-t-il, pour son bénéfice personnel, les liens tissés en Afrique quand il était au service de l’État ? Ou bien encore mène-t-il de front les deux activités, réalisant en sa personne une sorte de partenariat public-privé ? On peut tout imaginer, étant donné l’opacité de la fonction et des services de l’ex-attaché du président.

Il reste que, couvert ou non par les services de l’Élysée, cet agent plus ou moins discret de l’appareil d’État bénéficie de privilèges et d’impunité. Barbouze présidentiel ou homme d’affaires introduit, il est jusqu’à preuve du contraire protégé par la loi du silence qui règne dans ces milieux mi-officiels mi-officieux. Il a fait scandale parce que son tabassage des manifestants le 1er mai s’est déroulé sous l’œil d’une caméra. On le sanctionne en apparence, mais c’est tout en lui laissant carte blanche.

Ce qui pose aujourd’hui un problème à Macron et à son entourage c’est le scandale provoqué, et le fait que Benalla laisse entendre que si on l’ennuie il pourrait parler et provoquer d’autres scandales. Mais c’est en permanence que les agents de la Françafrique, les hommes de main de Foccart ou du fils Mitterrand qu’on surnommait Papa-m’a-dit, ont posé des problèmes à leurs employeurs. De Gaulle en a su quelque chose avec l’affaire Ben Barka.

Que dans les coulisses de l’appareil d’État il existe un certain nombre d’hommes qui agissent dans l’opacité et sans qu’on sache ce qu’ils font et qui les contrôle, l’affaire Benalla ne fait que le confirmer. Ce qui gêne Macron comme tous ceux qui l’ont précédé n’est pas l’existence de cette face obscure, mais le fait que de temps en temps elle se voit.

Vincent GELAS