Tchad : la continuité du colonialisme

26 Décembre 2018

Les 22 et 23 décembre, Macron a fait un séjour éclair au Tchad, flanqué de la ministre des Armées Florence Parly, de la secrétaire d’État Marlène Schiappa… et de Michel Drucker, qui préparait une émission spéciale sur les troupes françaises.

Après avoir réveillonné avec les militaires français basés à Kossei, près de la capitale, Macron a déjeuné le lendemain avec le dictateur Idriss Déby, fidèle allié de l’impérialisme français. En choisissant le Tchad pour son réveillon, il achève son tour des cinq pays du Sahel (Mauritanie, Niger, Mali, Burkina Faso, Tchad) engagés depuis 2014 dans l’opération Barkhane, qui regroupe 4 500 soldats censés combattre les djihadistes. « Partout où nous combattons le terrorisme, nous protégeons les nôtres, car ce même terrorisme a frappé il y a quelques jours à Strasbourg », a déclaré Macron dans son adresse aux militaires.

Mais si l’armée française est présente au Sahel, ce n’est pas pour combattre le terrorisme. Et si cela était, ce serait un échec cuisant. Le chef du centre des opérations de la base de Kossei a d’ailleurs rappelé que Boko-Haram est « un ennemi réactif et volatil, qui ne cesse de se déplacer ». Les groupes djihadistes chassés du nord du Mali par l’intervention militaire française ont regagné du terrain dans le centre du Mali, au Burkina Faso et au Niger.

En réalité la France, ex-puissance coloniale, est présente militairement au Tchad depuis son indépendance, en 1960. Des militants d’ONG s’indignent que Macron ait déjeuné avec Idriss Déby. Ils rappellent l’assassinat en 2008 du leader de l’opposition démocratique, le professeur de mathématiques Ibni Oumar Mahamat Saleh, enlevé à son domicile par la garde présidentielle. Ils rappellent l’exécution en 2016 de 40 militaires n’ayant pas voté pour Déby à la présidentielle. Ils dénoncent la répression féroce en cours contre les populations du Tibesti, au nord, coupables d’avoir réclamé leur dû dans l’exploitation de l’or. Ils rappellent enfin la grève générale qui a secoué le pays en 2018, les fonctionnaires protestant contre la réduction de leur salaire de 10 % à 40 %.

Là encore, la politique de Macron est dans la droite ligne de ses prédécesseurs. Depuis son accession au pouvoir en 1990, Déby a toujours été soutenu aux plus hauts sommets de l’État français. Deux fois, en 2006 et 2008, l’armée française est intervenue contre des rebelles qui menaçaient le palais présidentiel. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense sous Hollande et aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, a même qualifié le dictateur tchadien d’ami personnel, interrompant ses vacances pour se rendre à son investiture en 2016.

Le Tchad, dont la population est l’une des plus pauvres du monde, regorge d’or et de pétrole. Il est surtout à une position stratégique, au cœur de l’Afrique centrale et du Sahel. Les affaires des groupes capitalistes français présents en Afrique, comme Areva, Bolloré, Bouygues ou Total, valent bien que leur personnel politique fasse ami-ami avec les dictateurs.

Julie LEMÉE