Migrants à la rue : une politique inhumaine

26 Décembre 2018

Jacques Toubon, anciennement politicien de droite et maintenant Défenseur des droits, a dénoncé la dégradation sanitaire et sociale de la situation des migrants en France.

Alors que le froid de l’hiver s’installe, plusieurs milliers d’entre eux vivent dans la rue, sans hébergement ni lieu d’accueil. Ils seraient ainsi 800 à 1 200 à Paris et Saint-Denis, 500 à Calais, 400 à Grande-Synthe dans le Nord, 200 à Ouistreham dans le Calvados, et plusieurs dizaines dans d’autres ports de la Manche.

En journée, les migrants sans domicile se réfugient dans des bibliothèques, des fast-foods, des gares ; la nuit, ils dorment dans les parcs, sous les ponts, dans les recoins des échangeurs routiers, voire dans les bois. Les associations de soutien rapportent qu’il s’agit de plus en plus souvent de familles, et pas seulement d’hommes seuls. Selon Médecins du monde, la part des mineurs, âgés de 10 ans en moyenne, progresse pour représenter maintenant 14 % des migrants. Selon Toubon, ces migrants « se retrouvent dans un état de dénuement extrême, dépourvus de tout abri et ayant comme première préoccupation de subvenir à leurs besoins vitaux ». Il constate « une détérioration sans précédent de la santé des exilés, avec un développement inquiétant des troubles psychiques ».

L’hébergement d’urgence est saturé. En région parisienne, quelque 200 migrants arrivent chaque jour, et seulement 250 places sont libérées dans les Centres d’accueil et d’examen des situations. En outre, depuis la destruction de la « jungle » de Calais en octobre 2016, le gouvernement veut y empêcher tout campement. La police y enlève immédiatement les toiles de tente ou les duvets laissés à proximité des camionnettes où ont lieu les distributions de repas. À Grande-Synthe, le 31 octobre, 600 migrants ont été évacués d’un camp de fortune insalubre. Au nord-est de Paris, à la Porte de la Villette, un camp de 1 900 personnes a été détruit en mai. Mais détruire ces camps, souvent brutalement, tout en refusant le passage vers l’Angleterre aux migrants, revient à placer ceux-ci dans une situation impossible. Dès qu’ils se regroupent, les autorités les chassent, rendant leur vie infernale. Toubon dénonce les méthodes policières destinées « à empêcher tout nouveau point de fixation », ainsi que les attaques judiciaires contre les associations pour les empêcher de venir en aide aux migrants.

Non seulement les États leur refusent la liberté de circulation, mais ils leur refusent jusqu’au droit à un gîte et à des conditions élémentaires de survie.

Michel BONDELET