Marseille : une municipalité ni coupable ni responsable

26 Décembre 2018

Jeudi 20 décembre, c’était la première fois depuis l’écroulement de deux immeubles de la rue d’Aubagne, début novembre, que se réunissaient les 101 élus du conseil municipal dans l’hémicycle enfoui sous terre près de l’Hôtel de ville de Marseille, entouré d’imposantes forces policières.

« Les causes de l’effondrement ne sont pas établies » a déclaré le maire tout en demandant à l’État « la reconnaissance de catastrophe naturelle ». Jean-Claude Gaudin repousse ainsi aux conclusions de l’enquête judiciaire l’analyse des responsabilités quant à l’état catastrophique des immeubles de la rue d’Aubagne.

Sur les responsabilités passées, pour lui, il n’y a donc rien à dire. Quant au traitement de la situation actuelle, la municipalité en reste à octroyer des tickets de bus, la cantine scolaire gratuite et des repas servis par la Sodexo aux personnes évacuées, ainsi que la prise en charge des frais d’obsèques et quelques autres prestations.

En ce qui concerne le relogement, aucune décision importante n’a donc été prise. Pourtant, en raison de l’évacuation de 193 immeubles depuis le drame du 5 novembre avec, dernièrement, celle de trente familles du bâtiment A de la cité Corot, ce sont 812 ménages, soit plus de 1 600 personnes, qui continuent de vivre dans des hôtels. Certains sont logés très loin de leur lieu de travail, ou du lieu de scolarisation de leurs enfants. Il est impossible à l’hôtel de cuisiner un repas chaud à prendre ensemble en famille. Enfin, tous vivent dans l’incertitude. Quant à ceux qui avaient acquis un appartement, les propriétaires-occupants, aux ressources souvent modestes, ils doivent compter sur la bonne volonté de leur assureur pour payer l’hôtel. Mais pour combien de temps ? Pour comble, certains, suite à leurs retards ou leurs absences, ont perdu leur emploi.

La majorité municipale n’a évidemment pas répondu aux demandes de l’opposition, PC et PS, qui réclamaient entre autres « la réquisition des logements vacants ». Elle avait des questions plus urgentes à examiner, comme la modernisation de l’espace d’exposition du Parc Chanot avec la construction, pour 200 millions d’euros, d’un centre « évènementiel », l’Arena. Il serait, paraît-il, propre à faire resplendir l’image de Marseille dans le monde entier, en venant s’ajouter – toujours pour l’image de la ville – aux somptueux centres commerciaux édifiés dernièrement.

Quelques centaines de personnes étaient venues manifester à l’appel de nombreuses associations et organisations qui dénonçaient les taudis, les écoles délabrées et les cités délaissées. Elles réclamaient des centres sociaux, la réquisition des logements vides, l’annulation des Partenariats Public-Privé, (les PPP, ruineux), la gratuité des transports. Grâce à la police, elles ont pu être maintenues à distance et le Conseil municipal marseillais a pu continuer tranquillement à ignorer leurs problèmes.

Correspondant LO