États-Unis : démagogie aux dépens des employés fédéraux et des migrants

26 Décembre 2018

Ayant échoué à obtenir les 5,7 milliards de dollars qu’il réclamait pour commencer la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique, Trump a engagé une épreuve de force avec le Congrès. C’est le sens du shutdown, c’est-à-dire le gel d’une partie des financements du gouvernement fédéral.

Sur les 800 000 fonc­tionnaires fédéraux, quelque 420 000, jugés indispensables, comme par exemple la police aux frontières, doivent travailler sans recevoir de salaire. 380 000 autres doivent rester chez eux, sans être payés non plus. Tous ces employés, ainsi qu’un certain nombre d’usagers de services fédéraux, vont donc pâtir de la guéguerre politicienne de Trump.

Celle-ci vise en priorité les démocrates, dont la minorité au Sénat empêche le vote des crédits pour le mur. Mais elle cible également les élus républicains, qui étaient prêts à un compromis pour éviter le shutdown. Sur le fond, comme l’ancien candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders l’a expliqué, élus démocrates et républicains sont d’accord pour combattre l’immigration clandestine. L’administration Obama (2009-2017) aurait procédé à l’expulsion de 2,5 millions de migrants, plus que sous tous les autres présidents américains. Le nombre de migrants qui franchissent la frontière décline. Celle-ci compte déjà 1 200 kilomètres de mur, financés par le passé par le Congrès. Le reste de la frontière est difficile à franchir, en raison d’obstacles naturels ou de la présence de la police. Et, expliquent les démocrates, il est possible de lutter contre l’immigration clandestine en utilisant le budget fédéral de façon plus efficace qu’avec un mur.

Autrement dit, si Trump ferraille sur cette question, ce n’est pas tant en raison de réels blocages sur la chasse aux migrants clandestins. C’est que le mur lui-même est pour lui un enjeu symbolique. Cette promesse démagogique était au cœur de sa campagne de 2016. Il serait facile d’endiguer ainsi l’immigration, expliquait Trump, qui se targuait de faire payer le Mexique. Celui-ci a refusé de payer et le mur n’a pas été construit.

Pendant les meetings des élections de mi-mandat, les partisans de Trump scandaient : « Build a wall » (Construisez un mur). Pour un démagogue comme le président américain, le mur est donc une affaire sérieuse, en particulier en vue de l’élection présidentielle de 2020. Une affaire sérieuse qui, en attendant qu’un compromis soit trouvé, justifie de couper les vivres à des centaines de milliers de fonctionnaires.

Michel BONDELET