Climat : une pétition ne suffira pas

26 Décembre 2018

Une pétition a été lancée mardi 18 décembre par quatre ONG de manière à appuyer leur recours en justice contre l’État français, auquel elles reprochent son « inaction face au changement climatique ». La pétition a recueilli près de 1,7 million de signatures en une semaine, davantage que les deux autres pétitions les plus populaires, qui dénonçaient la loi El Khomri pour l’une, et les taxes sur les carburants pour l’autre.

Les ONG initiatrices de la pétition et les artistes apparaissant dans le clip de présentation véhiculent bien des illusions : d’abord sur le rôle de l’État, qui, selon eux, aurait « la responsabilité de protéger l’environnement, la santé et la sécurité humaine » ; ensuite sur le poids de la justice, présentée comme un « vrai levier » qui pourrait contraindre l’État à respecter ses promesses dans le domaine des émissions de gaz à effet de serre.

Le résultat d’une telle procédure judiciaire, qui devrait durer deux ou trois ans, est pourtant plus qu’aléatoire. Un recours du même type s’est fait aux Pays-Bas. Il a eu pour conséquence qu’un tribunal ordonne en 2015 à l’État néerlandais de relever ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce jugement a été confirmé en appel en octobre 2018… Mais comment obliger l’État néerlandais à passer à l’action ? L’association qui a lancé la procédure en est réduite à faire appel à la conscience des dirigeants néerlandais, sinon, dit-elle, « ils seront tenus pour responsables de leurs actes ».

Il n’en reste pas moins que le succès fulgurant de la pétition demandant des comptes à l’État français montre que beaucoup, et de plus en plus, ne sont pas dupes des discours aussi creux que culpabilisants de ses dirigeants. Les appels aux petits gestes du quotidien comme le tri sélectif, l’économie d’eau, le compost dans son jardin ou bien l’usage d’une trottinette, censés résoudre tous les problèmes selon les gouvernements, apparaissent de plus en plus pour ce qu’ils sont : un alibi et une feuille de vigne pour cacher l’impuissance des États et en fait leur complicité avec les pollueurs de la planète.

Le problème en effet se pose à une toute autre échelle, celle de la maîtrise et de la gestion au niveau mondial des ressources énergétiques et des émissions des gaz à effet de serre. Les capitalistes, qui ne respectent que la loi du plus fort et du profit maximum, comme les États qui ne leur refusent rien, sont bien incapables d’offrir ne serait-ce qu’un début de solution à ce problème, comme d’ailleurs à tous les autres. Une pétition ne suffira pas, il faudra mettre tous ces gens-là, qui actuellement dirigent la société, hors d’état de nuire.

Valérie FONTAINE