Médicaments : les dégâts du marché

19 Décembre 2018

À force de faire la une de l’actualité, certains noms de médicaments deviennent presque familiers. Ils ont tous une caractéristique en commun : les dangers présentés par le marché.

On a entendu parler du Sinemet, un médicament absolument indispensable à certains de ceux qui souffrent de la maladie de Parkinson. C’est très difficile d’en trouver aujourd’hui dans les pharmacies, il est en rupture de stock. Pourquoi ? Parce qu’il est fabriqué par le laboratoire MSD aux États-Unis et que celui-ci a décidé la fermeture de son unique unité de production pendant six mois, le temps, dit-il, de la remettre aux normes.

Pourtant, on sait précisément quel est le volume de production nécessaire pour répondre aux besoins des malades. Par exemple, en France, on sait que sur les 200 000 personnes qui souffrent de la maladie de Parkinson, 40 % d’entre elles prennent du Sinemet. Dans une économie organisée en fonction des besoins, on mettrait en place les moyens techniques nécessaires pour la production requise pour la santé de ces malades. Il n’en est rien. Tout juste l’Agence du médicament propose-t-elle « un contingentement des génériques ». Totalement impuissante à exiger quoi que ce soit des laboratoires qui fabriquent ces génériques, elle répartit la misère !

Le Levothyrox est un autre nom aujourd’hui connu de tous. Au début du mois de décembre, un procès s’est ouvert à Lyon, au nom de plus 4 000 malades pour défaut d’information et préjudice d’angoisse.

En effet, en mars 2017, Merck a changé la formule de ce médicament qui est prescrit à près de 3 millions de personnes souffrant de troubles de la thyroïde. La seule information du laboratoire a alors consisté en un courrier adressé aux professionnels de santé qui n’ont pas toujours eu l’occasion de le répercuter auprès des malades. Dans leur grande majorité, les principaux intéressés n’en ont rien su.

Au fil du temps, des milliers de malades se sont plaints d’effets secondaires importants ; par voie de pétition, ils ont réclamé le retour à l’ancienne formule, ce qu’ils ont fini par obtenir mais… en petite quantité et pour une durée limitée. Dans une autre pétition, ils ont demandé à connaître la composition précise du nouveau médicament, ce qui semble la moindre des choses. Eh bien non ! Invoquant la loi du secret des affaires, l’Agence du médicament a refusé de livrer cette information au nom de… « la protection des stratégies industrielles et commerciales » !

Un autre nom est en passe de devenir familier, le Valsartan, un médicament pour l’hypertension artérielle et les problèmes cardiaques. On entend dire que le principe actif est fabriqué dans des usines lointaines là où les salaires sont au plus bas, qu’il contiendrait des impuretés qui présentent des risques pour la santé, que des lots sont donc retirés, et que les malades doivent consulter leur médecin pour qu’un autre traitement leur soit prescrit.

Depuis quelques jours, c’est le vaccin contre la grippe qui manque dans des pharmacies. Cette année, un plus grand nombre de personnes a décidé de se faire vacciner dans la mesure où c’est plus facile, entre autres parce que les pharmaciens ont reçu l’autorisation de pratiquer les injections. C’était prévisible et, du reste, la production de vaccins a été augmentée de 10 % par rapport à celle de l’année dernière. Pourquoi pas plus ? Parce qu’aucun laboratoire et sûrement pas Sanofi-Pasteur ne peut prendre le risque de stocks de médicaments invendus. C’est par la vente qu’ils récupèrent la plus-value !

Propriété privée, concurrence, moindre coût, secret commercial, flux tendu…

Rien de cela ne rime avec respect de la santé.

Sophie GARGAN