Gilets jaunes : la politique de la matraque

19 Décembre 2018

Samedi 15 décembre, pour l’acte V des gilets jaunes, à Paris comme dans les villes de province, Macron et Castaner ont déployé des moyens policiers considérables contre les manifestants.

Malgré les annonces de Macron, malgré les 2 000 interpellations du 8 décembre, malgré l’exploitation indécente de l’attentat de Strasbourg par le gouvernement pour appeler à ne pas manifester, quelque 66 000 gilets jaunes, selon les chiffres officiels, se sont mobilisés une nouvelle fois le 15 décembre. Ils étaient attendus par 69 000 policiers ou gendarmes déployés dans tout le pays. Les quais des gares parisiennes ont été systématiquement filtrés, les passagers fouillés, les bus de manifestants bloqués. De nouveau, dans tout le pays, des centaines de personnes ont été mises en garde à vue préventive, avant même de pouvoir manifester, parfois pour la simple détention de sérum physiologique. Face aux manifestants, la police a abusé des gaz lacrymogènes, des matraques, des tirs de flash-ball ou de grenades assourdissantes, multipliant les blessures, parfois très graves. Vingt-quatre journalistes ont porté plainte contre les violences policières dont ils ont été victimes, ou contre la confiscation de leur matériel.

Depuis le 8 décembre, plusieurs documentaires ont montré que les prétendus casseurs interpellés lors des manifestations, gardés à vue ou jugés en comparution immédiate, étaient des travailleurs, parfois des jeunes prêts à en découdre avec la police, mais le plus souvent de simple manifestants, des retraités, des femmes venues en groupe pour défiler sur les Champs-Élysées. Tous ceux-là ont fait une expérience politique : la liberté de manifester est très relative. Ils ont découvert à leurs dépens que le gouvernement dispose, sans même avoir besoin de décréter l’état d’urgence, d’un arsenal juridique et policier étendu pour tenter de faire rentrer ses opposants dans le rang.

Macron et ses ministres ont misé sur la matraque, la lassitude des gilets jaunes et le reflux du mouvement. Mais ceux qui ont découvert la solidarité de la lutte collective et qui ont multiplié les expériences politiques depuis plus d’un mois, ne baisseront plus si facilement la tête.

Xavier LACHAU