CICE : le petit Noël des grands patrons

12 Décembre 2018

Le 3 décembre, en pleine colère populaire contre l’insuffisance du pouvoir d’achat, les députés ont approuvé en lecture définitive la transformation du Crédit impôt compétitivité recherche, le CICE, en allègements de cotisations sociales, et ce durablement, pour les employeurs.

Cette nouvelle marque d’allégeance aux capitalistes est comme une gifle aux milliers de manifestants et aux millions de gens qui les soutiennent. Qu’est-ce d’autre en effet qu’un véritable cadeau de Noël à ceux qui, dès le 1er janvier vont voir baisser de 6 % leurs cotisations patronales auprès de l’Urssaf pour les salaires jusqu’à 2,5 fois le smic ? D’autant plus qu’à compter du 1er octobre 2019, nouveau glaçage sur le gâteau, une baisse de 4 % interviendra sur leurs cotisations à l’assurance chômage et aux caisses de retraite complémentaire, pour les salaires au smic, et même de manière dégressive jusqu’à 1,6 smic. Cette manipulation est introduite dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2019. Le manque à gagner de ces allègements se montera à quelque 22 milliards d’euros.

Mais une cerise sur le glaçage du gâteau délestera encore le budget de l’État de la bagatelle de 20 milliards supplémentaires, comme c’est le cas depuis que le CICE, ce cadeau somptuaire, a été instauré en 2013 sous Hollande : malgré la transformation de cette subvention en allègement de cotisations, le montant du CICE au titre de 2018 sera encore versé en 2019 aux heureux bénéficiaires !

Les effets du CICE en matière d’embauche sont, de notoriété publique, inexistants. Les profits des capitalistes du CAC 40, gros bénéficiaires des crédits depuis six ans, n’ont fait que gonfler. Un gros employeur comme Carrefour y a économisé en cinq ans 744 millions d’euros. A-t-il pour autant embauché ? Il supprime au contraire un poste sur quatre rien qu’en France !

Ce petit Noël prévu par le gouvernement, s’il était récupéré par le monde du travail, permettrait l’embauche d’un million de personnes payées 1 800 euros mensuels, y compris les cotisations sociales y afférentes selon le mode actuel. Le calcul est vite fait.

Viviane LAFONT