Gilets jaunes : les travailleurs doivent se faire entendre

05 Décembre 2018

Le mouvement des gilets jaunes, en s’affermissant et en durant, a changé le climat politique. Après la question du pouvoir d’achat, c’est bien celle des salaires qui se fait de plus en plus entendre. Car pour les travailleurs, qui composent la majorité non seulement de la population mais des contestataires actuels, la seule façon d’améliorer leur pouvoir d’achat consiste à obtenir des augmentations de salaire.

Les taxes et les impôts contribuent à affaiblir les revenus de tous, c’est certain. Mais les salaires sont bloqués depuis des années. Les capitalistes profitent de la crise pour refuser des augmentations générales et pour faire travailler de plus en plus dur pour gagner de moins en moins. Les pensions ont été diminuées par les différentes réformes des retraites, et les allocations ne cessent de tendre vers un minimum, qui devient insuffisant pour se nourrir et se loger. Et ceci sans même parler du reste, des loisirs, du superflu que bien des familles ont abandonné il y a longtemps.

Même s’il semble plus facile de faire reculer le gouvernement sur les taxes que les capitalistes sur les salaires, si les travailleurs ne s’attaquent pas à ce problème, ils ne verront pas leurs conditions d’existence s’améliorer. Or ils ont les moyens de mener cette lutte. Ce sont eux qui créent les richesses dans les entreprises. Ce sont eux qui permettent, grâce à leur travail, à quelques familles de milliardaires de s’enrichir de façon éhontée, pendant que la population s’enfonce dans la pauvreté. C’est dans les entreprises que les travailleurs peuvent peser de tout leur poids contre ces riches parasites qui dirigent l’économie et commandent aux gouvernements.

Le mouvement actuel a le mérite de montrer comment, quand une fraction de la population laborieuse se mobilise, elle peut secouer toute la société, se faire craindre des gouvernants et donner le ton. Il montre que des centaines de milliers de personnes peuvent apprendre à s’organiser et à agir collectivement. Mais, pour gagner sur les salaires, il faudra la volonté de s’en prendre aux intérêts des capitalistes, et donc que les travailleurs profitent de la brèche ouverte par les gilets jaunes pour se mobiliser là où ils jouent un rôle, là où ils peuvent se mobiliser efficacement et contrôler leurs luttes.

Les directions syndicales, censées représenter les intérêts du monde du travail, se sont d’abord détournées de la mobilisation des gilets jaunes, qui ne venait pas d’elles. Puis, la CGT a appelé à des manifestations le 1er décembre. Elle appelle désormais à une journée d’action pour l’augmentation des salaires et des pensions le vendredi 14 décembre. De sa part, comme de la part des autres organisations syndicales, il s’agit d’un calcul. Après s’être tenue à l’écart du mouvement de contestation, elle voudrait montrer qu’elle n’en est pas absente.

De leur côté, les militants et les travailleurs conscients doivent se saisir de ces appels comme d’une occasion d’agir pour créer les conditions d’une riposte générale de la classe ouvrière.Le mouvement des gilets jaunes et la reculade du gouvernement ont créé un espoir et peuvent encourager les travailleurs à s’engager dans la lutte. Toutes les occasions d’avancer dans cette voie doivent être saisies.

Marion AJAR