Colombie : le nouveau président face à la révolte étudiante

05 Décembre 2018

Mercredi 28 novembre, des foules d’étudiants ont envahi les rues de la capitale Bogota et des principales villes de Colombie. C’était la huitième journée de mobilisation étudiante en deux mois et les centrales syndicales, de même que certaines communautés indigènes, ont appelé à se joindre au mouvement.

Depuis le 11 octobre, la plupart des universités publiques sont touchées par la grève et les manifestations, auxquelles se sont joints les enseignants, sont de plus en plus massives.

Alors que le nombre d’étudiants a doublé en dix ans, le manque d’investissement est flagrant. Les locaux se dégradent, des bâtiments doivent parfois être abandonnés, les cours suspendus, tout cela aux dépens d’étudiants dont la plupart doivent s’endetter pour financer leurs études.

Face à la contestation qui grandit et exige une augmentation du budget de l’enseignement supérieur, le gouvernement déclare qu’il n’y a pas d’argent. « Si, il y a de l’argent ! », répondent les manifestants. Et ils pointent le fait que, deux ans après les accords de paix avec les FARC, le budget militaire de la Colombie reste celui d’un pays en guerre, un des plus élevés de la région.

L’ampleur prise par le mouvement a fait dégringoler la cote de popularité du président Duque, depuis son élection en juin dernier. Des porte-parole étudiants ont déjà reçu des menaces, à prendre très au sérieux dans un pays où des milliers de syndicalistes ou des militants des droits des communautés indigènes ont été assassinés ces dernières années. Certaines banderoles étudiantes l’évoquent : « Maman, si je ne rentre pas ce soir, ce sera la faute de l’État. »

Au-delà des milieux étudiants, la colère populaire est alimentée par la réforme des impôts, portée par Duque et son ministre des Finances devant le Congrès. Elle prévoit entre autres de taxer davantage de produits de première nécessité de la « canasta familiar », l’équivalent du panier de la ménagère, comme le lait, la viande, les fruits, les légumes ou le savon.

Avec la contestation, les représentants du parti présidentiel prétendent que cette mesure n’est plus à l’ordre du jour. Mais l’objectif du gouvernement reste de dégager des recettes en prenant dans les poches des classes populaires, dans le but revendiqué de baisser de 33 à 30 % la taxation des bénéfices des entreprises. Comme d’autres gouvernants, Duque dit qu’aider les entreprises c’est favoriser les investissements et donc l’emploi, mais apparemment ce discours ne convainc plus.

Même si, pour calmer les étudiants, le gouvernement a fait des concessions minimes sur le budget des universités, la contestation continue. Les étudiants appellent à deux nouvelles journées de mobilisation en décembre.

Antoine FERRER