Pologne : l’extrême droite et ses nostalgies

28 Novembre 2018

Comme chaque année, l’extrême droite polonaise a célébré le 11 novembre l’indépendance de la Pologne. Mais, cette fois, elle l’a fait en une marche commune avec le parti au pouvoir, le PiS (Droit et Justice, en polonais). 200 000 personnes y ont pris part.

Le PiS, qui est revenu à la présidence du pays et à la tête du gouvernement en 2015, illustre la régression réactionnaire en cours dans divers pays d’Europe et qui s’étend ailleurs avec l’approfondissement de la crise mondiale du système capitaliste.

Mais quelle Pologne indépendante les nationalistes au pouvoir et l’extrême droite célébraient-ils ? La Pologne indépendante est réapparue dans la foulée de l’armistice de novembre 1918, alors qu’elle avait cessé d’exister depuis plus d’un siècle, les Empires voisins russe, prussien et autrichien se l’étant partagée.

Sa création, fin 1918, fut le fait des impérialistes vainqueurs qui y voyaient un moyen de compléter la ceinture d’États hostiles encerclant la Russie soviétique née de la révolution de 1917. Principal soutien de l’État polonais, la France équipa son armée, la conseilla avec des officiers comme Weygand, de Gaulle et autres qui, s’ils ne purent empêcher l’armée polonaise d’être chassée d’Ukraine par l’Armée rouge, aidèrent à stopper celle-ci devant Varsovie.

La nouvelle Pologne devait tout aux États vainqueurs de la Première Guerre mondiale. Ils en dessinèrent les contours pour affaiblir l’Allemagne et la Russie, mais aussi pour la tenir, ne lui laissant qu’un étroit corridor pour accéder à la mer, tandis qu’une partie de sa population restait hors de ses frontières. En revanche, la Pologne englobait des pans de pays voisins, au point qu’ils représentaient plus de la moitié de son territoire, ce nouvel État opprimant férocement ses minorités juive, ukrainienne et biélorusse. Cette « Pologne libre » trouva sa consécration dans l’instauration du régime autoritaire du maréchal Pilsudski dès 1926.

Ce cas n’a rien d’exceptionnel. En fait, toute l’Europe centrale et orientale fut remodelée au gré des seuls intérêts des bourgeoisies française et anglaise. Au nom du respect du droit des peuples, elles charcutèrent les peuples dans leur chair. On créa ici de nouveaux pays avec des régions enlevées à leurs voisins, là de mini-États dépecés dont une partie de la population se retrouvait minoritaire et opprimée à l’étranger. Enfermés dans le carcan de frontières arbitraires, ces pays se trouvèrent soumis dès l’origine à des contradictions insurmontables. D’où leur évolution quasi générale vers des dictatures plus ou moins ouvertes, sur fond de nationalisme exacerbé et de rivalités militaires entre voisins.

Prétendant assurer la paix, dès novembre 1918, l’impérialisme préparait la guerre suivante. Il plongeait les peuples d’Europe centrale dans une situation telle que, si la révolution ouvrière n’y triomphait pas comme en Russie, la réaction la plus noire y trouverait un terreau fertile. Avec la crise mondiale de 1929, cela allait contribuer à la nouvelle boucherie mondiale. Cette célébration du 11 novembre par les nationalistes polonais rappelle dans quelle course à l’abîme le capitalisme en crise avait alors déjà précipité les peuples.

P.L.