Planètes : progrès sur Mars, régression sur Terre

28 Novembre 2018

Lundi 26 novembre la sonde InSight se posait sur la planète Mars. Le même jour débutait en France la trente-troisième campagne des Restos du cœur. Dans la société capitaliste, les prouesses technologiques cohabitent avec la plus profonde misère sociale.

Après sept mois de voyage interplanétaire et 485 millions de kilomètres parcourus, l’engin spatial InSight s’est posé à la surface de Mars. Il lui a d’abord fallu se positionner afin d’atteindre le site le plus horizontalement possible, puis décélérer de 20 000 km/h à près de 8 km/h en moins de sept minutes, pour traverser l’atmosphère martienne sans se désintégrer. Peu après son arrivée, InSight envoyait une première photo du sol martien. Dans la suite de la mission, un sismomètre sera posé sur le sol grâce au bras articulé, et un robot, dont la presse française parle moins sans doute parce qu’il est allemand, creusera le sol. Grâce aux données ainsi recueillies, les scientifiques espèrent non seulement découvrir enfin la structure interne de Mars, mais aussi faire progresser leurs connaissances sur la naissance et l’évolution du système solaire.

Voilà donc ce dont l’humanité est capable aujourd’hui. Mais, en même temps que ce succès, aboutissement de toute une suite de missions spatiales, ce que l’histoire des Restos du cœur révèle est beaucoup moins glorieux. En 1985, Coluche ouvrait les premiers d’entre eux, qui distribuèrent alors huit millions et demi de repas. Aujourd’hui ils en distribuent 136 millions. La misère a augmenté au même rythme. « Aujourd’hui, on n’a plus le droit d’avoir faim ou d’avoir froid » disent les paroles de la chanson des Restos du cœur. Mais les hommes, les femmes et les enfants n’ont jamais été aussi nombreux à dormir l’hiver sur les trottoirs des grandes villes et à ne devoir leur survie qu’au bol de soupe chaude et à la nourriture distribués par des bénévoles. On voit dans les queues des Restos du cœur non seulement des chômeurs mais de plus en plus de travailleurs pauvres. Cette année, les associations constatent de surcroît que les dons sont en baisse, car beaucoup viennent de particuliers, qui eux aussi sont de plus en plus réduits à compter à l’euro près.

Pendant que la technique et la science progressent, la société régresse. C’est un des aspects les plus répugnants d’une organisation sociale capitaliste, donc basée sur le seul profit, tout juste digne d’un musée.

Daniel MESCLA