Congrès des maires : le “courage, fuyons !” de Macron

28 Novembre 2018

Le congrès de l’Association des maires de France s’est déroulé cette année du 20 au 22 novembre. Contrairement aux habitudes, il n’a eu la visite de presque aucun ministre, et Macron, lui, a courageusement choisi de ne pas s’y montrer.

Il y a un an, en clôturant le précédent congrès des maires, le président avait annoncé qu’il viendrait chaque année rendre compte de son action – alors que personne ne lui avait rien demandé, les présidents venant traditionnellement au congrès des maires uniquement la première et la dernière année de leur mandat. Mais il a finalement changé d’avis et fait savoir qu’il ne viendrait pas cette année, ce qui a été à juste titre vécu comme une dérobade par bien des maires.

Le mécontentement est profond chez les élus locaux, et Macron n’avait pas envie, a fortiori en plein mouvement des gilets jaunes, de se faire huer par des milliers de maires, en direct à la télévision. D’autant que, tout au long du congrès, de nombreux élus de petites communes ne se sont pas privés de dire leur solidarité avec le mouvement des gilets jaunes, voire qu’ils y participaient directement.

Plutôt que de s’adresser en direct aux élus, Macron a donc choisi de leur envoyer à chacun une lettre. Ces quatre pages de platitudes et de belles promesses, même agrémentées d’une petite phrase finale manuscrite pour exprimer « l’empathie » présidentielle, ne suffira certainement pas à calmer la colère des maires.

Non seulement ceux-ci voient depuis des années leurs dotations diminuer, mais ils ont extrêmement mal vécu de se voir accusés, ces dernières semaines, de saboter les efforts du gouvernement en matière de pouvoir d’achat, au moment de la campagne #BalanceTonMaire orches-trée par La République en marche. Entre les baisses de moyens et le mépris affiché dont font preuve les représentants de l’État vis-à-vis d’eux, il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, comme l’a révélé une enquête effectuée juste avant le congrès, plus de la moitié des maires des petites communes aient déjà choisi de ne pas se représenter en 2020.

La lettre de Macron, remplie de formules lénifiantes sur le thème « ayez confiance », contient un bon nombre de contre-vérités. Il y est par exemple écrit que « les dotations ont été préservées » en 2018, alors que 16 000 communes sur 35 000 ont encore vu leurs dotations baisser cette année. Et, comme le notait avec malice le maire d’une petite commune : « Alors qu’on nous rebat les oreilles pour nous dire de faire des économies, Macron choisit d’envoyer 35 000 lettres par La Poste alors qu’il pouvait venir nous parler gratuitement au congrès ! »

Dernière initiative particulièrement mal vécue par les élus : Macron a finalement choisi de faire un discours aux maires, mais de le faire à l’Élysée, mercredi 21 au soir, devant un parterre de maires soigneusement sélectionnés pour ne pas risquer une bronca. La liste des invités à cette réception « en l’honneur des maires » a directement été demandée, département par département… aux préfets ! Dans ces conditions au moins, Macron a réussi à se faire applaudir, ce qui ne lui arrive pas si souvent ces temps-ci.

Pierre VANDRILLE