Travailleurs handicapés : plus nombreux au chômage

21 Novembre 2018

L’ouverture de la semaine du handicap, lundi 19 novembre, a été l’occasion de rappeler la situation de plus en plus critique des travailleurs handicapés dont près de 20 % sont privés d’emploi, deux fois plus que la moyenne des salariés.

Le président de l’association APF France handicapés parle de désastre, avec 514 000 personnes handicapées au chômage, en hausse de 130 000 en cinq ans.

La secrétaire d’État chargée des personnes handicapées affirme la volonté politique du gouvernement de s’attaquer à ce problème. C’est exactement l’inverse de la réalité. Les associations de défense des handicapés ont dû monter au créneau dès 2017 pour protester contre le projet de budget 2018 qui prévoyait déjà une baisse des aides au poste, censées compenser la moindre productivité des handicapés dans les 800 entreprises dites adaptées.

La ministre du Travail Pénicaud avait tenté de justifier cette attaque sordide en prétendant que les aides rendaient leurs bénéficiaires peu aptes à changer ensuite de métier. Face au tollé, elle avait dû revoir sa copie. Le gouvernement avait finalement consenti à augmenter la dotation annuelle des aides au poste, passant de 380 à 500 millions d’euros d’ici 2020. Mais il a imposé au passage, comme conditions, le doublement des effectifs employés dans les entreprises adaptées ainsi qu’une hausse de la productivité du travail. C’est donc bien au final une baisse du montant de l’aide par personne handicapée que l’État a fait ainsi passer en douce.

De plus, les contrats des personnes handicapées seront des CDD tremplin, censés apporter une formation. En guise de sas vers l’emploi dans des entreprises dites classiques, c’est surtout une passerelle vers Pôle emploi que construit le gouvernement, et encore, à l’économie.

Alors qu’une loi prévoit depuis trente ans l’obligation d’employer dans chaque entreprise un minimum de 6 % de travailleurs handicapés, la moyenne reste à 3,5 %. Beaucoup d’entreprises préfèrent toujours payer des amendes. À l’occasion de la semaine du handicap, certaines d’entre elles en ont profité pour faire leur publicité dans les médias, profitant des personnes handicapées. Ainsi l’entreprise Michelin affiche sa politique de création de référents handicap censés faciliter l’emploi des personnes handicapées, ou encore aider des salariés à remplir les dossiers de reconnaissance du handicap. Mais Michelin, malgré ses expositions et ses animations, ne prévoit de recruter que 3 % de personnes handicapées cette année.

Le patronat supprime de façon systématique les emplois accessibles à des personnes ne pouvant plus suivre le rythme de travail. De plus, l’intensification de l’exploitation fragilise plus rapidement les organismes. Les employeurs se permettent ensuite de licencier sans vergogne les personnes qu’ils ont rendues inaptes au travail.

Gilles BOTI