Marseille : des centaines d’habitants évacués

21 Novembre 2018

Après avoir laissé pendant des années de nombreux immeubles se dégrader, correspondant à 40 000 logements selon l’estimation d’un inspecteur, Christian Nicol, en 2015, la mairie s’est subitement lancée dans des évacuations en grand nombre après l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne. Au matin du mardi 20 novembre plus de 1 100 personnes avaient été évacuées.

L’Agence régionale de santé avait relevé qu’en 2017 seuls six dossiers d’insalubrité avaient été déposés par la mairie, et aucun en 2016. C’est qu’au service municipal de l’hygiène la mairie n’emploie que dix agents qui, selon l’ARS, « ne possèdent pas de qualification particulière les rendant aptes à apprécier [...] la mise en œuvre des procédures complexes en matière d’insalubrité ». Les services de la mairie sont manifestement tout autant insuffisants en ce qui concerne la sécurité des bâtiments, puisqu’en 2017 ont été pris 52 arrêtés de péril imminent sans aucune décision de travaux à effectuer d’office par la municipalité.

Mais, depuis le drame du 5 novembre, 142 immeubles ont été évacués. Ils ne se situent pas tous dans le quartier Noailles : c’est dans toute la ville que des immeubles sont délabrés, ou vidés, car dangereux depuis des années et non entretenus.

Les habitants sont donc actuellement plus de 1 000, dispersés dans 17 hôtels ou, pour environ 200 d’entre eux, chez des parents ou des amis. Ils ne savent pas s’ils pourront revenir dans leur logement, ni même retourner y prendre leurs affaires.

La mairie a mis en place des services pour leur permettre d’envoyer les enfants à l’école, d’obtenir des repas chauds dans un restaurant de la municipalité sur la Canebière, etc.

Mais le principal problème, celui du relogement, est loin d’être résolu, puisque la mairie n’a trouvé que 190 logements sociaux à leur proposer. Encore faudrait-il que ces logements ne soient pas aussi médiocres que ceux qu’ils viennent de quitter.

Pourtant il ne manque pas de logements vides et en bon état. Des quartiers entiers d’immeubles neufs ont été construits ces dernières années. Il serait normal que les habitants évacués pour cause de péril puissent s’y installer pour des loyers modestes fixés une fois pour toutes comme l’étaient les loyers « de 48 ».

Ce serait aux pouvoirs publics, à la mairie et au préfet d’engager des procédures pour faire payer leurs propriétaires. Au contraire, ils ne proposent que des services juridiques aux habitants évacués. Comme si tous pouvaient se lancer dans une telle procédure à long terme, alors qu’ils ont un grand nombre de problèmes immédiats à assumer.

D’ailleurs, certains n’étaient que sous-locataires, ou bien tout simplement hébergés, sans quittance et sans bail, et certains même sans papiers. Vont-ils s’ajouter au grand nombre de sans-domicile qui survivent dans les rues de Marseille ? Déjà tel ou tel n’a pas pu obtenir son certificat d’évacuation.

De nombreuses associations se sont réunies et aident autant que possible les évacués. Leurs militants essaient de fournir une solution aux multiples problèmes qui se posent. Les Marseillais ont apporté en grand nombre des vêtements, des produits d’hygiène ou des biberons.

Mais obtenir des relogements rapides et décents pour tous nécessitera encore bien des combats et il faudra l’action collective des évacués.

Correspondant LO