La goutte d’essence de trop !

21 Novembre 2018

Samedi 17 novembre, près de 300 000 personnes en gilet jaune se sont mobilisées pour protester contre la hausse des taxes sur l’essence et le gasoil, occupant de nombreux ronds-points avec des blocages ou des filtrages qui ont été presque toujours bien acceptés par les automobilistes, ou encore manifestant dans les centres-villes.

Cette protestation ne s’arrêtait cependant pas à ces taxes, mais visait plus généralement la hausse des prix, des loyers, du gaz, des mutuelles… alors que les salaires sont bloqués depuis des années et que les pensions des retraités ont été réduites par la hausse de la CSG.

Le rejet de Macron s’est exprimé largement, mais aussi le ras-le-bol des fins de mois difficiles et des conditions de travail qui empirent, de la vie qui devient de plus en plus difficile pour les classes populaires. « On n’arrive plus à vivre », « C’est le Cac 40 qui commande vraiment », « Il faudrait un 1789 contre les capitalistes », pouvait-on entendre, entre autres choses.

Il y avait certes des drapeaux tricolores, et certains des partisans du Rassemblement national présents ont tenu des propos racistes, que les médias se sont empressés de relayer. Mais, dans les endroits où cela s’est produit, ils se sont souvent fait remettre à leur place par d’autres manifestants. Et cela n’était en rien la tonalité générale.

Région Rhône-Alpes

Des milliers de participants en majorité salariés, aides à domicile, ouvriers du bâtiment, cheminots, jeunes en emploi précaire, mais aussi artisans, ont organisé des blocages de supermarchés, comme à Auchan Saint-Priest, des barrages filtrants, un péage gratuit sur l’A6, à Villefranche-sur-Saône, ou encore des manifestations improvisées toute la journée. 500 à 600 personnes se sont ainsi retrouvées à midi sur la place Bellecour à Lyon.

Autour de Grenoble, des agriculteurs avaient accroché sur leurs tracteurs des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Agriculteurs sur la paille » ou encore « Macron, tu saignes les petits agriculteurs ».

En Bourgogne

Les manifestants ont également été nombreux : 600 personnes se sont rassemblées à Montbard, 1 300 au plus fort de la journée à Chalon, 500 au Creusot, 400 à Montceau-les-Mines. À Dijon, la mobilisation a réuni plus de 6 000 personnes. Près du centre-ville, les manifestants ont été accueillis… par les gaz lacrymogènes lancés par les CRS.

Dans l’Est

À Saint-Avold, comme à Belfort, Nancy, Metz, les rassemblements ont regroupé un milieu populaire d’ouvriers des usines des alentours, comme ceux de l’usine Neuhauser de Folschviller en Moselle, en grève contre les licenciements, mais aussi de petites usines ou encore des retraités. Beaucoup de délégués syndicaux, en particulier CGT, étaient présents, malgré le refus de leurs confédérations de participer à la journée du 17 novembre.

À Nantes

Les blocages qui ont rassemblé plusieurs milliers de personnes ont permis, comme ailleurs, de nombreuses discussions sur les salaires et les retraites trop faibles, les hausses de l’essence, du gaz, des loyers, de tout ce qui est indispensable pour vivre, mais aussi sur le chômage qui augmente.

À Châtellerault

Le rassemblement le plus important de la région avec 3 000 personnes a regroupé de nombreuses délégations de travailleurs d’entreprises : les Fonderies du Poitou, Valéo, Hollywood, Aigle, Fenwick, Marelli, Snecma, Thales, ainsi que des employés communaux, des cheminots, des salariés des hôpitaux, venus en famille. Une partie des 3 000 gilets jaunes sont partis manifester en direction de l’hôpital où des services entiers doivent fermer, pendant que d’autres bloquaient un rond-point, entraînant la fermeture du magasin Auchan.

Du nord au sud du pays...

Le constat était le même : « On ne s’en sort plus ».

Beaucoup de manifestants se sont demandé quelle suite donner à cette journée. Certains ont d’ailleurs continué à bloquer les jours suivants. Une chose est sûre : ce mécontentement doit continuer à s’exprimer. Les gilets jaunes appellent à une manifestation samedi 24 novembre à Paris, dans ce but. Dans ces mobilisations, le monde du travail doit mettre en avant ses propres objectifs pour défendre son niveau de vie, en particulier l’augmentation générale des salaires, des allocations et des retraites en fonction de celle des prix.

Aline RETESSE