Rencontres LO-NPA : des divergences politiques

14 Novembre 2018

Une quatrième rencontre a eu lieu entre les représentants du NPA et ceux de Lutte ouvrière pour continuer à discuter des perspectives dans lesquelles chaque organisation entend intervenir lors des prochaines élections européennes.

Le NPA a envoyé à LO un texte faisant le bilan des divergences discutées et indiquant les axes politiques qui, selon lui, pourraient être ceux d’une campagne commune.

Ces camarades résumaient déjà leur démarche dans un article de leur hebdomadaire, L’Anticapitaliste, daté du 6 septembre : « Nous sommes favorables à des listes communes de nos deux organisations, mais à condition que le contenu défendu par ces listes réponde aux enjeux de la période, contre Macron, l’UE et pour les migrantEs. » Et, dans l’édition du 8 novembre, ils ont précisé leur position sur l’Union européenne : « Si l’on veut un tant soit peu défendre une politique rompant avec l’austérité, il faut être prêt à aller jusqu’au bout, c’est-à-dire la rupture avec l’Europe capitaliste, ses traités et ses institutions. »

Nous avons déjà dit que donner ainsi aux institutions européennes une responsabilité prépondérante dans les attaques menées contre les travailleurs et les couches populaires, c’était participer à une tromperie orchestrée par les partis bourgeois. Montrer du doigt ces institutions plutôt que les capitalistes pour le compte desquels elles agissent, c’est une diversion, et même une diversion dans un sens réactionnaire, celui du nationalisme. Cet alignement politique ne peut être entendu que comme une participation « d’extrême gauche » au camp anti-Europe.

En ce qui concerne Lutte ouvrière, depuis le début des discussions, nous disons quelle campagne, en tant que communistes révolutionnaires, nous voulons mener. Le contexte de crise profonde du système capitaliste met la classe ouvrière face à des responsabilités majeures. En même temps qu’elle doit se battre pour ses besoins immédiats, contre les attaques du patronat et du gouvernement, et retrouver le chemin des luttes collectives pour défendre ses conditions d’existence, elle doit combattre les forces d’extrême droite qui sont pour elle un danger mortel. La conscience des travailleurs est cependant en retard sur les nécessités de la situation, et notre tâche est de nous adresser à eux et de leur dire la vérité sur les dangers de la situation actuelle. Nous devons leur dire que, s’ils ne veulent pas être écrasés, ils doivent se battre pour leurs intérêts collectifs et que cela implique de remettre en cause la domination du grand capital.

Les divergences entre nos deux organisations ne sont pas nouvelles. Dans le passé, ces divergences ne nous ont pas empêchés de faire des listes communes, la dernière fois en 2004. C’était avec la LCR, qui se revendiquait du trotskysme. Le passage de la LCR au NPA a signifié l’abandon de cette référence. Mais, si nous ne voyons pas aujourd’hui comment concevoir une campagne commune, c’est surtout parce que la situation a fondamentalement changé. L’aggravation de la crise et ses conséquences politiques nous imposent d’affirmer notre programme révolutionnaire, sans en brouiller le contenu et les perspectives au milieu d’une campagne fourre-tout.

Si LO et le NPA se retrouvaient à présenter chacun une liste, cela permettrait au moins une expression libre et complète de chacune des deux organisations. Et, dans cette période de reculs réactionnaires, cela ne nous empêcherait pas d’agir en commun pour affirmer notre opposition aux attaques contre la classe ouvrière, à celles contre les migrants, ou encore sur d’autres terrains.

Pierre ROYAN