Pollution : le bon docteur Diesel

14 Novembre 2018

Le 9 novembre, la cour d’appel a confirmé la condamnation du pneumologue Michel Aubier pour avoir caché ses liens étroits avec le groupe Total devant une commission d’enquête du Sénat qui s’intéressait au coût de la pollution de l’air.

En avril 2015, intervenant comme expert devant cette commission, ce chef de service dans un hôpital de la région parisienne avait déclaré sous serment n’avoir « aucun lien avec les acteurs économiques » du secteur. Or, depuis 1997, il était salarié comme médecin-conseil du groupe Total, le plus gros producteur de gazole et pollueur en France. En 2014, pour seulement neuf demi-journées de travail par mois, Total lui a d’ailleurs versé 170 000 euros en salaire et en actions gratuites, sans oublier bien sûr la voiture de fonction. Cela représentait alors près de la moitié de ses revenus. Total n’est pas aussi généreux avec tous ses salariés…

Comment s’étonner alors que celui qu’on a surnommé le docteur Diesel ait toujours minimisé le caractère cancérigène de ce carburant.

En condamnant le pneumologue à seulement 20 000 euros d’amende, soit à peine 5 % de ce qu’Aubier a touché de Total pour faire sa propagande, la justice a cependant été beaucoup plus clémente qu’en première instance, où elle avait prononcé une peine de 50 000 euros et de six mois de prison avec sursis. Michel Aubier s’en tire donc à peu de frais, d’autant plus qu’un faux témoignage sous serment est un délit passible de cinq ans de prison et de 75 000 euros d’amende.

Mais le plus scandaleux est que les dirigeants et les gros actionnaires de Total, qui sont pourtant à l’origine de cette affaire, n’ont, eux, pas du tout été inquiétés.

Arnaud LOUVET