Novembre 1938 : la Nuit de cristal et la marche vers la barbarie

14 Novembre 2018

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, Hitler lançait ses troupes à l’assaut des synagogues et des magasins tenus par des Juifs dans toute l’Allemagne. Après ce qui allait rester dans l’histoire comme la Nuit de cristal, 276 synagogues et 7 000 magasins étaient détruits. 91 personnes avaient été tuées. 35 000 furent envoyées en camp de concentration où, pour la plupart, elles allaient périr. Les nazis, qui avaient attisé l’antisémitisme dès avant leur accession au pouvoir, commettaient ainsi leur premier pogrom de masse.

Hitler était arrivé au pouvoir en janvier 1933, s’appuyant sur tous les préjugés sociaux et raciaux qu’il trouvait. Comme l’a écrit Trotsky : « Ses idées politiques étaient le fruit d’une acoustique oratoire. C’est ainsi qu’il choisissait ses mots d’ordre » L’antisémitisme vint en bonne place.

Le nazisme au pouvoir

La crise de 1929 avait durement frappé l’Allemagne, affaiblie par la défaite de 1918 et le traité de Versailles qui l’avait réduite à la portion congrue. Les millions de déclassés de la crise furent la base sociale du nazisme. La situation sans issue de la bourgeoisie allemande la décida à financer Hitler et à le porter au pouvoir, pour qu’il écrase les organisations de la classe ouvrière et ait ainsi les mains libres pour lancer le pays dans une nouvelle guerre impérialiste pour le repartage du monde.

Les milices nazies s’étaient fait la main en martyrisant et assassinant des Juifs. Mais leur objectif principal était les partis et les syndicats ouvriers. Or, si les militants de ces organisations étaient capables d’un dévouement sans limite, aucune de leurs directions n’était capable de mener une lutte résolue contre le nazisme. Hitler fut appelé au pouvoir par le maréchal Hindenburg, pour lequel le Parti socialiste avait appelé à voter… afin de faire barrage à Hitler. Le Parti communiste allemand, lui, se refusa à organiser toute défense armée unie des travailleurs contre les nazis, au prétexte que les socialistes étaient les « frères jumeaux » des nazis.

Après la mise en scène de l’incendie du Reichstag, le Parlement allemand, fin février 1933, Hitler déclencha une terrible offensive contre les organisations ouvrières. Les premiers camps de concentration furent créés, dans lesquels des dizaines de milliers de militants furent torturés et assassinés.

Une fois installé, le régime avait cependant toujours besoin de boucs émissaires. Dès 1933, le pouvoir organisait le boycott des commerces juifs et la révocation des fonctionnaires « non aryens ».

En 1935, les Juifs perdaient la citoyenneté allemande et les mariages avec des « Aryens » étaient interdits. À l’approche de la guerre, les persécutions s’amplifièrent. Au début de l’année 1938, les passeports des Juifs allemands furent confisqués et des milliers furent expulsés.

Herschel Grynszpan

En novembre 1938, un jeune Juif allemand d’origine polonaise, Herschel Grynszpan, entré en France sans visa, recevait une lettre de sa sœur restée en Allemagne :

« Mon cher frère, Jeudi soir des bruits couraient que tous les Juifs polonais d’une ville voisine avaient été expulsés. (…) On nous a fourré dans la main un ordre d’expulsion. Nous devons quitter l’Allemagne avant samedi. »

15 000 Juifs polonais allaient être chassés vers leur pays d’origine et bloqués à la frontière. Pour protester contre le sort des siens et faire réagir la communauté internationale, ce jeune garçon âgé de 17 ans décida seul de commettre un attentat. Le 7 novembre, en l’absence de l’ambassadeur d’Allemagne à Paris, qu’il visait, il tira sur un des secrétaires de l’ambassade, Ernst von Rath.

Le régime nazi s’empara immédiatement de l’affaire pour en faire un prétexte.

Von Rath agonisant fut élevé au rang de conseiller de l’ambassade. Et, alors qu’il n’était pas pronazi, Hitler en fit un martyr de sa cause. Quelques heures après son décès, Goebbels, ministre nazi de la Propagande, prononça un discours devant des dirigeants de son parti : « Des manifestations spontanées se déroulent contre des magasins juifs et des synagogues. Pour le Führer, les choses sont claires. Les actions ne doivent pas être menées par le parti [nazi]. Mais si elles ont lieu spontanément, rien ne doit s’y opposer. » Ce fut la Nuit de cristal, ses destructions et ses lynchages.

Le bon voisinage du gouvernement français avec Hitler

Malgré les exactions contre les Juifs et la féroce dictature imposée à la population en Allemagne, la Grande-Bretagne et de la France ménagèrent Hitler. Le monde était sous la menace d’une nouvelle guerre. Mais les vieilles puissances impérialistes anglaise et française cherchaient à éviter une nouvelle confrontation. Leurs empires coloniaux étaient des possessions totalement disproportionnées au regard de leur puissance économique dépassée. Et ces puissances impérialistes craignaient que la guerre n’allume l’incendie révolutionnaire dans leurs colonies et dans leur métropole.

Elles venaient alors d’opérer un revirement diplomatique en direction de Hitler. Après avoir annexé l’Autriche, celui-ci menaçait d’envahir aussi les Sudètes, région germanophone située en Tchécoslovaquie. À la conférence de Munich, fin septembre 1938, les dirigeants des quatre puissances impérialistes européennes – Hitler pour l’Allemagne, Mussolini pour l’Italie, Chamberlain pour la Grande-Bretagne et Daladier pour la France – se mirent d’accord pour donner les Sudètes à Hitler et mettre au pouvoir sur le reste du pays une dictature militaire favorable au régime nazi. Pour les dirigeants impérialistes anglais et français, il s’agissait de pousser Hitler vers l’est, contre l’URSS. Et les massacres antisémites ne pesèrent pas lourd dans la balance de leurs calculs.

Un mois après la Nuit de cristal, les ministres des Affaires étrangères allemand et français signaient une déclaration « de bon voisinage ».

Moins d’un an plus tard, le monde allait basculer dans la guerre. Les persécutions à l’encontre de la population juive annonçaient la politique d’extermination de millions de Juifs d’Europe et toute la barbarie de la Deuxième Guerre mondiale.

Pierre ROYAN