Migrants : la solidarité en procès

14 Novembre 2018

Jeudi 8 novembre avait lieu à Gap le procès de sept militants venus en aide aux migrants dans le département des Hautes-Alpes.

Le prétexte retenu contre eux est de leur avoir permis d’entrer sur le territoire français lors de la manifestation du 22 avril qui avait traversé la frontière en contournant un barrage de gendarmerie.

Cette manifestation visait à dénoncer l’opération médiatique du groupuscule d’extrême droite Génération identitaire qui, la veille, avait « bloqué » la frontière. En effet, une centaine de ces individus escortés de deux hélicoptères avaient installé un grillage de chantier en plastique au col de l’Échelle pour « veiller à ce qu’aucun clandestin ne puisse rentrer en France ».

Les militants solidaires avec les migrants sont poursuivis en justice et seront peut-être condamnés car le procureur requiert entre six et douze mois de prison avec sursis pour tous et quatre mois ferme pour deux d’entre eux. En revanche, les nervis d’extrême droite, qui ont continué leurs rondes en pick-up pendant plusieurs semaines pour intercepter des migrants et les livrer à la police, ne font l’objet d’aucune poursuite. Pour se défendre de rester inactif dans ce dossier, le procureur de Gap avait annoncé en mai avoir ouvert une enquête « pour immixtion dans une fonction publique », qui, sans surprise, n’a été suivie d’aucune interpellation.

Non seulement l’État laisse ainsi impunis ceux qui se permettent des chasses à l’homme contre les migrants, mais il sanctionne ceux qui se montrent solidaires. Comme le dit un des accusés : « On n’a pas à être condamné pour avoir aidé des gens à ne pas mourir dans la neige ». Mais c’est bien la solidarité au sein des classes populaires que l’État veut réprimer.

Léna PIGALLI