Logement : le capitalisme est insalubre

14 Novembre 2018

Des millions d’habitants à travers le pays peuvent se reconnaître dans la colère exprimée par ceux du quartier Noailles à Marseille car, à eux aussi, la société refuse un logement décent et sûr.

Le nombre de logements insalubres ou menaçant de tomber en ruine est évalué à 600 000, en additionnant les données, incomplètes, fournies par des administrations locales. Cela concerne au moins 2,2 millions de personnes parmi les 4 millions de mal-logés enregistrés par la fondation Abbé-Pierre.

Certains maires refusent de prendre des arrêtés de péril, d’autres les prennent, du moins sur le papier, mais souvent, faute de volonté ou de moyens, il ne se passe rien et le préfet, que la loi considère compétent en matière d’insalubrité, reste inactif. De telles carences et le mépris qui les accompagne mettent à nu la crise du logement.

Celle-ci n’a jamais vraiment cessé, depuis l’époque où les industriels ont commencé à entasser dans les villes les travailleurs qui leur étaient nécessaires. « L’industrie du bâtiment, pour qui les appartements à loyer élevé offrent à la spéculation un champ beaucoup plus vaste, ne construira jamais qu’exceptionnellement des logements ouvriers », écrivait déjà en 1872 Friedrich Engels, camarade de combat de Karl Marx, dans La question du logement. Il s’opposait en révolutionnaire à des réformistes qui, déjà, tentaient de rafistoler le capitalisme en faisant des plans pour que les ouvriers deviennent propriétaires. Engels leur rétorquait que, à supposer un tel projet réalisable pour tous, les patrons en profiteraient pour baisser les salaires puisque la classe ouvrière, débarrassée du paiement d’un loyer, pourrait être encore moins payée pour l’entretien de sa force de travail.

Tout au long du 20e siècle, le problème est resté dramatique. Les gouvernements y ont toujours répondu de deux façons : soit en laissant s’entasser les plus pauvres dans des logements insalubres ; soit en construisant au rabais des logements pour les classes populaires. Ainsi en France, dans les années 1950 et 1960, des familles ont découvert un certain confort en emménageant dans une HLM. Mais très vite, il est devenu évident que ces logements n’étaient pas faits pour durer et se dégradaient vite.

Aujourd’hui, du fait d’un chômage tenace et d’une précarité envahissante, un nombre croissant de travailleurs se trouvent exclus des logements dits sociaux, du simple fait qu’ils ne peuvent plus assumer les loyers et les charges.

Le loyer des HLM est « de plus en plus cher, si bien que les commissions d’attribution excluent parfois les demandeurs au motif de ressources insuffisantes », constate la fondation Abbé-Pierre. Les HLM servent de moins en moins d’amortisseurs à la crise du logement. Tandis que les bidonvilles se développent à nouveau, le marché privé tire bénéfice de logements dégradés, en attendant d’en chasser les travailleurs pour des opérations spéculatives.

À la question : existe-t-il une solution du problème du logement ? La réponse que donnait Engels est toujours d’actualité : « Il n’y a qu’un moyen : éliminer purement et simplement l’exploitation et l’oppression de la classe laborieuse par la classe dominante. »

Jean SANDAY