L’inaction délibérée de la mairie de Marseille

14 Novembre 2018

Samedi 13 novembre, horrifiés et indignés, 8 000 manifestants en groupes compacts ont descendu le cours Julien et gagné le bas de la rue d’Aubagne où ils ont fait silence en hommage aux huit personnes mortes sous l’effondrement de deux immeubles de cette rue.

Les manifestants ont continué par la Canebière et le Vieux Port pour dénoncer devant la mairie l’incurie de la municipalité Gaudin.

Beaucoup voient plus que de l’incurie dans l’incroyable laisser-aller de la municipalité vis-à-vis de l’habitat indigne et même dangereux. Ils pensent que cet abandon total des logements populaires vise à chasser les pauvres du centre-ville pour y réaliser des logements pour un public plus aisé.

Outre les alertes d’habitants inquiets signalant la dégradation de leurs immeubles, il y a eu plusieurs rapports d’ingénieurs et d’experts alarmants, insistant sur la nécessité d’agir vite, dont le dernier date d’octobre 2017. Le bâtiment a encore tenu un an avant de s’effondrer sur ses habitants, sans qu’il ait été tenu compte des avertissements.

L’Agence Régionale de Santé avait relevé les manquements du service communal d’hygiène et de santé de la Ville, dont les inspecteurs n’« ont pas de qualification particulière » et qui n’a pas engagé les procédures permettant de « contraindre les bailleurs indélicats à faire les travaux demandés par l’arrêté préfectoral ». L’ARS s’étonnait du nombre négligeable de dossiers « au regard d’une ville de 860 000 habitants dotée d’un parc privé potentiellement indigne de 40 000 logements ». Les services de la Ville, eux, n’avaient signalé en 2017 que 18 logements insalubres et soutenaient que les dégradations constatées dans les autres logements étaient essentiellement dues « aux modes d’occupation », donc aux habitants ! Quant à n’avoir pas pu agir à cause de la longueur des procédures vis-à-vis des propriétaires, comme l’affirmait l’adjointe au logement, c’est oublier que le maire doit faire exécuter d’office les travaux non réalisés dans les délais par les propriétaires, dans le cas d’immeubles en « péril grave et imminent ».

Depuis la catastrophe du 5 novembre, Ville et préfecture se sont réveillées et ont émis 180 signalements et 21 arrêtés de péril sur le centre-ville. C’est un peu tard et une nouvelle manifestation était appelée le 14 novembre par le Collectif du 5 novembre, constitué par des associations du quartier.

Correspondant LO