Indice des prix : méfiance, il vient du gouvernement

14 Novembre 2018

Pour beaucoup de travailleurs, l’indice des prix à la consommation de l’Insee est important, car c’est celui retenu pour calculer l’augmentation du smic, pour la revalorisation des pensions alimentaires, des retraites, etc. Il est censé mesurer les hausses de prix et est réputé sérieux, s’appuyant sur des dizaines de milliers de relevés mensuels, sur une méthodologie scientifique.

Mais cet indice officiel n’est pas l’instrument miracle que les gouvernants prétendent, et cela non à cause d’éventuelles tricheries, mais simplement à cause des choix politiques qui en sont à la source.

D’abord, l’indice Insee ne prend pas en compte toutes les dépenses des ménages. Les impôts directs comme la taxe d’habitation, l’impôt sur le revenu ou la CSG, ne comptent pas, ni les cotisations sociales. Quand la CSG augmente, comme c’est le cas cette année pour des millions de retraités, l’indice des prix de l’Insee ne voit rien.

Ensuite, la pondération de chaque bien ou service qui composent le « panier » est basée sur une moyenne nationale. Elle n’a rien à voir avec le panier réel des bas revenus, car l’Insee calcule des moyennes en mêlant toute la population, riches ou pauvres. Par exemple, le poste logement compte pour seulement 6 % du panier moyen. Du coup, les hausses de loyer ou de charges des locataires, même importantes, n’affectent que très peu l’indice, alors qu’elles deviennent insupportables pour beaucoup.

L’impact de la hausse des prix n’est pas non plus le même selon la situation personnelle. La hausse récente du carburant n’affecte pas immédiatement ceux qui n’ont pas de voiture. Mais, pour les salariés obligés de la prendre pour aller travailler, elle est catastrophique, alors que la moyenne cache en grande partie son effet.

Autre limite de cet indice : l’évolution rapide des biens technologiques, comme les ordinateurs ou les téléphones portables, aboutit à une absurdité. L’indice constate qu’à produit égal, les prix baissent d’un mois sur l’autre. Mais il ne tient pas du tout compte de l’effet de mode, de la recherche du dernier produit, des modifications apportées. Ce poste ne cesse d’augmenter pour bien des ménages, alors qu’il diminue aux yeux de l’indice aveugle.

Dans les années 1970, quand l’inflation dépassait allègrement les 10 % annuels, la CGT avait créé son propre indice des prix qui en réalité dépassait toujours de plusieurs points l’indice officiel des prix. Cet écart entre celui-ci et la réalité, telle que chaque travailleur peut la ressentir, n’a nullement disparu.

Bertrand GORDES