Guadeloupe : le scandale du manque d’eau potable

14 Novembre 2018

Dans cette île des Antilles françaises, la population subit depuis plusieurs années des coupures d’eau répétées. Et, lorsque l’eau coule au robinet, elle est rarement potable.

Ce scandale a récemment fait l’objet d’un reportage au journal télévisé de France 2. Il a dénoncé des coupures d’eau pouvant durer jusqu’à 24 heures. En réalité, certains habitants peuvent rester sans eau courante des semaines, voire des mois durant !

Les coupures de 24 heures sont devenues la norme dans de nombreuses communes, les structures chargées de la distribution de l’eau ayant mis en place des « tours d’eau ». Un planning est diffusé régulièrement, notamment dans la presse, où l’on annonce aux habitants qu’ils seront coupés une ou deux fois dans la semaine. Mais ce planning est rarement respecté. On découvre tout simplement que l’eau ne coule pas. Il faut ajouter à ces « tours d’eau » les événements accidentels, comme les ruptures de canalisation ou les fortes pluies, qui interrompent aussi la distribution.

Pendant des années, les autorités ont inventé des prétextes farfelus pour expliquer cette situation scandaleuse. Un coup, c’était les touristes, nombreux à certaines périodes, qui consommaient beaucoup d’eau. Une autre fois, c’était à cause de la sécheresse… dans cette île de la Caraïbe où il pleut bien plus qu’en région parisienne et où des dizaines de rivières coulent à flot.

En Guadeloupe, où il y a de l’eau à profusion, tout le monde reconnaît maintenant que la pénurie est due à la vétusté du réseau d’adduction en eau potable. Plus de 60 % de l’eau produite se perd, car les tuyaux fuient à tous les niveaux.

La multinationale Veolia est responsable de ce problème. Pendant 69 ans, sa filiale, la Générale des eaux, devenue Veolia, a bénéficié d’un quasi-monopole en Guadeloupe. Elle a encaissé les factures, arrosé les élus pour s’assurer leur bienveillance, et laissé le réseau à l’abandon. Lorsque le problème est devenu trop lourd, en 2017, la Générale des eaux a plié bagage et a transféré la distribution de l’eau aux collectivités locales. Ces dernières, déjà lourdement endettées, sont bien sûr incapables de financer les travaux de rénovation nécessaires, dont on estime le coût réel à 900 millions d’euros. Quant aux politiciens locaux, ils ont laissé cette situation perdurer pendant des années, jusqu’au pourrissement d’aujourd’hui.

Les coupures d’eau sont donc maintenant de plus en plus fréquentes. La situation est dramatique dans certaines zones, en particulier le sud de la Basse-Terre.

Parmi les personnalités locales interviewées par France 2, Lucette Michaux-Chevry, figure politique de l’île, a osé parler sans honte du « plaisir d’attendre ». Elle qui fut ministre, présidente du conseil général et du conseil régional, maire du chef-lieu Basse-Terre, préside maintenant la communauté d’agglomération du sud Basse-Terre (CASBT) qui a entre autres la charge des questions d’adduction d’eau. Actuellement, elle se trouve mise en examen dans l’affaire de détournement de fonds publics de la CASBT, pour « association de malfaiteurs, prise illégale d’intérêts, détournement de fonds publics, escroquerie en bande organisée, recel d’abus de biens sociaux, faux et usage de faux. »

Un autre notable, le maire de Saint-François, Laurent Bernier, n’hésite pas à blâmer la population, qu’il accuse de ne pas payer avec assez d’empressement ses factures d’eau. Mais ce que France 2 n’a pas signalé, c’est que l’eau, quand elle coule, est souvent contaminée par des polluants comme le chlordécone, voire par des bactéries d’origine fécale.

S’agissait-il de ne pas trop ternir la carte postale de Karukéra, nom caraïbe de la Guadeloupe, qui signifie « l’île aux belles eaux » ?

Max Rodon