11 novembre : la paix célébrée par les fauteurs de guerre

14 Novembre 2018

Lors des commémorations du 11 novembre pour le centenaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale, plus de 70 chefs d’État et de gouvernement se sont déplacés à Paris, dont Donald Trump, Vladimir Poutine, Angela Merkel, Recep Erdogan ou encore le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou.

Descente des Champs-Élysées, certes quelque peu perturbée par des Femen, discours sous l’Arc de triomphe, repas au musée d’Orsay dans la grande salle de bal : toute la brochette de dirigeants responsables à un niveau ou à un autre des guerres qui déchirent des régions entières au Moyen-Orient, en Afrique, et finalement un peu partout dans le monde, était réunie pour verser des larmes sur les dix millions de morts de la première boucherie mondiale et se grimer en partisans de la paix.

Macron a multiplié les déclarations pour justifier cette initiative. Il ne s’agissait pas seulement de commémorer, a-t-il dit, mais « d’essayer ensemble de tenir la promesse faite alors d’un “plus jamais ça” ». Mais s’il a fait les choses en grand, c’est surtout pour tenter de redonner un peu de couleur à son image plutôt écornée ces dernier temps. Son prédécesseur François Hollande avait fait de même le 11 janvier 2015, en réunissant plusieurs dizaines de dignitaires internationaux lors de la « marche républicaine » organisée en réaction aux attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. L’émotion légitime face aux attentats avait permis à Hollande de voir remonter sa cote de popularité. L’opération politique de Macron risque fort de ne pas avoir le même effet, tant est grand le mécontentement dans les classes populaires contre sa politique en faveur des riches et du grand patronat.

Durant deux jours, il a donc été beaucoup question de la paix nécessaire, comme il se doit en pareille circonstance. Les dirigeants des États européens et les médias à leur service ne manquent jamais de verser des larmes sur les morts de 1914-1918, en célébrant leur courage et leur sacrifice pour la « défense de la patrie ». Mais ils évitent toujours aussi soigneusement de parler des véritables causes de cette guerre, à savoir les rivalités entre puissances impérialistes pour le partage des colonies, pour le partage du monde. Les soldats étaient envoyés au front, non pour la défense de la patrie, mais pour celle des profits des capitalistes et des banquiers.

Même cent ans après, il n’est pas bon pour les capitalistes de rappeler que la guerre économique qu’ils se mènent peut toujours finir par se transformer en guerre tout court, car il faudra bien alors ressortir les mêmes prétextes : défendre la civilisation, la patrie, les valeurs morales, et même défendre la paix... à coups de bombes atomiques.

Aline RETESSE