Vivarte : dépeçage en cours

07 Novembre 2018

Chez Vivarte, en l’espace de quelques jours, les travailleurs de Chevignon ont appris la probable reprise de leur enseigne par le groupe Royer, propriétaire entre autres des chaussures pour enfants Kickers, tandis que ceux de Minelli et San Marina apprenaient leur mise en vente. Ils ont pu prendre en même temps connaissance des déclarations par voie de presse du PDG, affirmant : « Nous cédons pour dynamiser. » Une véritable provocation.

En effet, en moins de cinq ans, le groupe Vivarte (André, Kookaï, Caroll, La Halle, Minelli, San Marina…) sera passé de seize enseignes à cinq, voire deux si les trois projets de cession aboutissent. En trois ans seulement, entre 2014 et 2017, les effectifs totaux sont passés de 22 000 à 14 000 salariés. Et, sur la seule année 2017, 135 magasins André et autant de La Halle ont été fermés. Plus de 2 000 emplois ont été supprimés, dont 600 en logistique.

En cinq ans, cinq PDG se sont succédé. Le dernier, en poste depuis deux ans, se présente comme un spécialiste du « retournement d’entreprise ». Il a sévi chez Moulinex, Smoby, Arc International, Vogica et d’autres, où il se vante d’avoir licencié plus de 10 000 salariés. « Quand je n’ai pas assez de sang pour garder les deux bras, j’en coupe un », a-t-il été jusqu’à déclarer dans une interview au magazine Challenges deux mois après son arrivée chez Vivarte. Sa mission : réduire la dette de Vivarte, qui en 2013 était de 2,8 milliards d’euros pour un chiffre d’affaires de 2,4 milliards, restructurer le groupe en continuant à tailler dans les effectifs et en vendant tout ce qui peut être vendu. C’est à un véritable dépeçage qu’on assiste, pour le plus grand profit des actionnaires.

Mais la dette, ce sont justement les actionnaires successifs de Vivarte qui l’ont créée, des premiers propriétaires aux fonds vautours qui ont racheté le groupe par le biais d’un LBO. Ce système consiste à emprunter 100 % des capitaux pour acheter une entreprise et à faire rembourser le montant de l’emprunt, intérêts compris, à l’entreprise rachetée, donc aux travailleurs. Quand les créanciers deviennent également les actionnaires de l’entreprise, ce qui est le cas chez Vivarte, ils gagnent sur tous les tableaux. Ils empochent les dividendes en tant qu’actionnaires, des gros salaires en tant que dirigeants et les intérêts de la dette en tant que créanciers. C’est du pillage pur et simple.

En février 2017, l’intersyndicale du groupe Vivarte avait appelé à travailler sur un projet alternatif. On ne sait si ses membres y croyaient eux-mêmes, mais cela s’est avéré être un piège, alors que se mettait en place le rouleau compresseur des licenciements. Il n’y a aucune raison pour que les travailleurs payent sur leur emploi et leur salaire pour que les actionnaires successifs, qui ont fait main basse sur le groupe, continuent à s’engraisser.

Philippe Logier