Transports sanitaires : le gouvernement tire sur l’ambulance

07 Novembre 2018

Le 5 novembre, plusieurs centaines d’ambulances ont bloqué le périphérique parisien, celui de Lille et les rues de Nancy. Les ambulanciers protestaient ainsi contre la réforme du financement des transports sanitaires entrée en vigueur le 1er octobre.

Désormais, ce ne serait plus directement l’Assurance maladie mais les établissements de santé, hôpitaux, centres de convalescence ou de rééducation, qui géreraient les dépenses pour les déplacements sanitaires interhospitaliers, les permissions de sortie ou les transferts des malades.

Les établissements en question se voient donc confier une gestion supplémentaire avec l’obligation de dépenser le moins possible. Les patrons des petites sociétés d’ambulances, très nombreuses dans ce secteur, craignent de se voir « ubérisés », de faire les frais de l’opération, voire de disparaître, ce qui entraînerait la suppression de milliers d’emplois. En revanche, les sociétés plus importantes pourront accepter plus facilement les baisses de tarifs que les hôpitaux chercheront à négocier. Les chauffeurs de taxis conventionnés s’attendent eux aussi à voir diminuer leur activité, qui a beaucoup augmenté ces dernières années.

Les transports sanitaires ont en effet pris de l’importance avec l’augmentation et le vieillissement de la population, ce qui est tout à fait normal et prévisible. De même, avec le développement de la médecine ambulatoire, les malades doivent de plus en plus souvent se déplacer vers un centre de soins, qu’il s’agisse d’un examen, d’une dialyse ou d’une chimiothérapie. Mais la politique de diminution des services hospitaliers, leur regroupement, souvent dans la ville la plus importante de la région, obligent à des trajets de plus en plus longs.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a promis aux ambulanciers de protéger leur profession et aux directeurs d’établissements de santé une majoration de 10 % de leur budget, qu’ils jugent déjà insuffisante. Quant aux parents de malades ou d’enfants handicapés en maison de convalescence ou de rééducation qui craignent une diminution des permissions de sortie, la ministre leur a promis que le transport ne serait pas à leur charge.

Autant de bonnes paroles, autant de poudre aux yeux. Quand c’est la rentabilité qui prime, c’est le malade qui reste sur le bord de la route.

Sylvie MARÉCHAL