Pakistan : Asia Bibi acquittée mais menacée

07 Novembre 2018

Asia Bibi, ouvrière agricole quinquagénaire et mère de famille, risque toujours sa vie au Pakistan, menacée par les appels au meurtre lancés par des fanatiques religieux.

Condamnée à mort en 2010 pour blasphème envers l’islam, elle vient pourtant enfin d’être acquittée par la Cour suprême d’Islamabad.

Il y a près de dix ans, Asia Bibi avait été accusée par des voisines musulmanes de souiller l’eau de la fontaine où elle venait de boire, elle, chrétienne. Ayant fait observer que, sans doute, les préceptes de la religion islamique n’allaient pas jusque-là, Asia Bibi avait aussitôt été accusée de blasphème et emprisonnée, en vertu de la loi de 1986 dite antiblasphème. Condamnée à mort en 2010, elle avait fait appel, malgré de nombreuses menaces, et avait été soutenue, entre autres, par des personnalités politiques. Deux d’entre elles, le gouverneur de l’État du Pendjab puis le ministre fédéral des Minorités religieuses, partisans d’amendements à la loi antiblasphème, voire de sa suppression, avaient été assassinées de la main de fanatiques islamistes.

Cette loi sert de prétexte, chaque année, à la mise en accusation de plusieurs centaines de personnes dans le cadre de règlements de comptes sans aucun rapport avec leurs convictions religieuses. Des condamnations à mort ont été prononcées, mais jusqu’à présent aucune n’a été exécutée. La loi sert cependant aux partis politiques qui se partagent le pouvoir, en alternant sur fond de corruption continuelle, de chiffon rouge à agiter pour mobiliser des manifestants, pour ou contre les projets visant à la modifier. Une grève avait même été déclenchée en 2011 à l’appel de groupes religieux dans le Pendjab pour la défense de cette loi.

L’acquittement d’Asia Bibi intervient quelques mois après l’élection du nouveau Premier ministre, l’ex-champion de cricket à l’image de vedette internationale, Imran Khan. Outre des engagements à baisser le train de vie de l’État et à lutter contre la fraude fiscale, Khan s’est dit partisan de « l’État providence islamique » et favorable à la loi antiblasphème. Dans ce contexte, la ténacité de l’avocat d’Asia Bibi et de sa famille, de ses soutiens dans le pays et en dehors, et le courage des magistrats qui l’ont acquittée n’ont cependant pas suffi à lui rendre la liberté. Les autorités ont décidé de la garder emprisonnée dans l’attente d’un nouveau jugement demandé par ses ennemis.

Dans ce pays où la situation des femmes est toujours insupportable, en particulier dans les classes pauvres et quelle que soit leur appartenance religieuse, le jugement d’acquittement de la Cour suprême est cependant un point d’appui à leur dur combat pour l’égalité.

Viviane LAFONT