Iran : Trump veut asphyxier le pays

07 Novembre 2018

Le 5 novembre, le gouvernement américain a actionné la deuxième phase de l’embargo contre l’Iran, interdisant à tous les pays d’importer le pétrole iranien et de se connecter à son réseau bancaire, sous peine de sanctions. Au dernier moment seulement, l’administration Trump a accordé des dérogations à huit pays, dont la Chine, la Turquie et l’Inde, principaux importateurs depuis l’Iran.

L’Iran exportait trois millions de barils de pétrole par jour jusqu’en avril dernier, ce qui en faisait le sixième exportateur mondial. L’annonce des sanctions américaines, début mai, a déjà fait chuter ces exportations à 1,4 million de barils, contribuant à renchérir le prix du pétrole sur un marché mondial dans lequel de gros pays producteurs, comme le Venezuela ou la Libye, exportent moins que par le passé. La détermination de Trump à sanctionner l’Iran n’est pas allée jusqu’à risquer de provoquer une crise pétrolière en fermant brutalement le robinet, ce qui explique les dérogations temporaires accordées.

La politique de Trump vis-à-vis de l’Iran vise plusieurs cibles. L’objectif des sanctions est d’abord d’asphyxier économiquement le pays, pour affaiblir le régime des mollahs, peser sur sa politique étrangère, lui imposer de ne plus intervenir militairement au Moyen-Orient, en particulier en Syrie et au Liban. Sous Trump plus encore que sous Obama, l’administration américaine privilégie le soutien à l’Arabie saoudite, en guerre presque ouverte avec l’Iran. Pour autant, si Trump appelle publiquement de ses vœux la chute de la république islamiste, cela ne signifie pas que les services américains disposent d’une équipe de rechange capable d’assumer le pouvoir, ni au sein des factions rivales à l’intérieur du régime islamiste, ni parmi l’opposition en exil dont l’influence en Iran est faible.

Les sanctions sont aussi une arme contre tous les concurrents des capitalistes américains. Pour les éviter, de nombreuses firmes européennes, dont Renault, Total, Air France ou British Airways, ont annoncé leur retrait du marché iranien, pourtant lucratif. Elles ont été échaudées par des sanctions précédentes. Comme le constatait le PDG de Total il y a quelques semaines : « L’essentiel du capital mondial et du système financier étant entre les mains d’investisseurs et de banquiers américains (…) Total ne peut pas prendre le risque de se voir interdire l’accès à ces ressources financières. »

Les États européens ont beau affirmer vouloir maintenir l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 et dénoncer les sanctions américaines, ils se sont montrés incapables de mettre en place un système alternatif au dollar pour continuer à faire du commerce en Iran. En accordant des dérogations provisoires aux pays de son choix et pour une durée inconnue, Trump utilise le pétrole iranien comme monnaie d’échange dans ses tractations commerciales et politiques avec la Chine, la Turquie ou autres. Trump montre ainsi ses muscles non seulement aux mollahs iraniens mais à tous les dirigeants politiques de la planète.

Il reste que les sanctions américaines et leurs conséquences frappent de plein fouet la population iranienne, et pas les dignitaires du régime. En plus de la dictature des mollahs, de la corruption qui gangrène tout le pays, du coût des interventions militaires des pasdaran au Moyen-Orient, les classes populaires subissent désormais les effets multiples de l’embargo, en premier lieu l’effondrement de la monnaie qui rend les produits alimentaires inaccessibles.

Xavier LACHAU