États-Unis : après les élections de mi-mandat

07 Novembre 2018

Les élections du mardi 6 novembre aux États-Unis étaient les premières depuis l’élection de Donald Trump en 2016. Ce scrutin de mi-mandat, obligatoirement à mi-parcours du mandat présidentiel de quatre ans, est traditionnellement marqué par une abstention forte, par exemple de 64 % en 2014, particulièrement élevée dans les milieux populaires et parmi les plus jeunes. Les chiffres de ce 6 novembre ne sont pas encore disponibles mais quelque 113 millions d’Américains auraient voté, bien plus que les 84 millions de votants de 2014.

Même si Trump n’était pas en lice, il a sans doute polarisé le scrutin, transformé en quelque sorte en référendum sur sa personne. En 2016, il avait surtout bénéficié de l’hostilité vis-à-vis de la candidate démocrate, Hilary Clinton, chouchoute de Wall Street. Celle-ci avait perdu plusieurs millions de voix par rapport à Obama. Avec ces élections de mi-mandat, les démocrates espéraient se refaire une santé en se présentant comme l’alternative à Trump. Ils n’y parviennent qu’à moitié. Ils l’emportent à la Chambre des représentants, que les républicains contrôlaient, et qui était entièrement soumise à réélection. En revanche, au Sénat, où les démocrates avaient perdu la majorité il y a quatre ans, et dont seul un tiers était renouvelé, ils restent minoritaires.

Les résultats du scrutin montrent que la base électorale de Trump lui est, dans l’ensemble, restée fidèle. La base des évangélistes blancs qui l’avait soutenu en 2016 s’est fortement mobilisée. Cet électorat, qui représenterait quelque 20 % de la population, s’est également activé pour des référendums antiavortement victorieux, comme en Alabama et en Virginie Occidentale, avec pour objectif une remise en cause du droit à l’IVG au niveau fédéral, remise en cause que la nomination de juges réactionnaires à la Cour suprême, où ils ont désormais la majorité, pourrait faciliter.

L’électorat démocrate semble également s’être mobilisé, en particulier au profit de candidats marqués « à gauche », voire se disant « socialistes », dans la lignée de Bernie Sanders. Derrière ce mot, ils proposent surtout de mettre plus d’argent public dans l’éducation, la santé ou les infrastructures (routes, ponts…), souvent très dégradées aux États-Unis. Une évolution qui montre le dégoût de nombreux travailleurs vis-à-vis de la politique des deux grands partis, entièrement dévoués aux milieux d’affaires.

Trump : quel bilan ?

Les résultats de ce scrutin risquent de ne pas changer grand-chose à la politique qui sera menée par l’administration Trump. Depuis 2016, le Congrès a déjà bloqué les mesures que Trump avait promises, et dont la bourgeoisie américaine ne veut pas. Par exemple, le fameux mur à la frontière méridionale, dont il s’était même vanté de le faire payer au Mexique, ne verra pas le jour, faute d’un financement que seul le Congrès pourrait accorder.

En revanche, si la politique de l’impérialisme américain ne changera pas, le climat entretenu par les saillies nationalistes, xénophobes et autres insanités réactionnaires de Trump contribue à diviser les travailleurs américains. Pendant la campagne, Trump a tout fait pour placer l’immigration au cœur du scrutin. Alors que des milliers de migrants honduriens désespérés traversent le Mexique en direction des États-Unis, il a dénoncé une invasion de migrants dont certains seraient des « criminels ». Il a promis de mobiliser des milliers de soldats américains à la frontière, pour leur tirer dessus : « C’est la défense de notre pays. Nous n’avons pas le choix. Nous défendrons nos frontières. Nous défendrons notre pays. » Peu importe que la caravane des migrants soit à 1 500 km des États-Unis, et qu’elle ne puisse atteindre la frontière que dans plusieurs semaines. À l’approche des élections du 6 novembre, l’essentiel était de faire vibrer la corde antimigrants autant que possible. D’où d’innombrables meetings où les participants étaient invités à scander « Construisez le mur ! », ou encore un clip de campagne mettant en scène un mafieux hispanique pour assimiler l’immigration au crime.

Les mesures antimigrants de Trump ne sont pas inédites. Sous Obama, les expulsions d’immigrants ont atteint des records, des chiffres supérieurs à ceux d’aujourd’hui. S’ils revenaient au pouvoir, les démocrates ne se comporteraient pas différemment sur le fond. Une sénatrice démocrate du Missouri, Claire McCaskill, candidate à sa réélection, expliquait ainsi récemment : « Je ne veux pas que nos frontières soient franchies, et je soutiens les efforts de notre président pour qu’elles ne le soient pas. » Cependant, la démagogie antimigrants ou anti-Noirs de Trump n’est pas sans effet. Dans les derniers jours de la campagne, les meurtres racistes se sont multipliés. Dans un supermarché du Kentucky, un Blanc a tué deux clients noirs âgés, en disant que « les Blancs ne tuent pas de Blancs ». Et à Pittsburgh, un suprémaciste blanc antisémite a tué onze personnes dans une synagogue. Il visait en particulier une organisation juive d’aide aux réfugiés. Il n’était pas difficile d’établir un lien direct entre les propos de Trump et ces actes abjects.

Comme l’a montré cette campagne électorale, c’est sans doute là le plus lourd bilan de ces deux années de présidence Trump : en cultivant le racisme et la xénophobie sans aucun scrupule, il favorise la haine et la division entre travailleurs américains.

Michel BONDELET