Carburants : la recherche d’un éteignoir

07 Novembre 2018

La réalité et la profondeur de la colère à propos des prix des carburants ont été ressenties par Macron lui-même. En effet, tout en continuant à affirmer qu’il n’y avait pas d’alternative aux taxes, le président parle désormais de passer la prime énergie de 150 à 200 euros par an et incite les régions à imiter le chèque essence inventé dans les Hauts-de-France.

Ces mesures ne vont pas très loin. La prime énergie ne permet pas aux 3,7 millions de foyers qui la touchent de se chauffer correctement, il suffit de consulter sa facture pour le constater. La région Hauts-de-France verse 20 euros par mois aux salariés touchant moins de deux fois le smic, habitant à plus de trente kilomètres de leur lieu de travail et n’ayant d’autre solution pour s’y rendre que la voiture particulière. Cela concerne 43 000 personnes, dans une région où il y a 1,4 million de salariés actifs. L’effort de la région est donc assez parcimonieux. Celui de l’État le serait encore plus, car Macron propose en fait que les régions payent, le gouvernement se contentant de défiscaliser la prime.

Il reste que, par rapport aux attitudes bravaches de ses ministres injuriant les salariés qui utilisent leur automobile, le président a marqué un recul. Il est vrai que la protestation contre la hausse des prix de l’énergie semble s’approfondir, au point que les chaînes d’hypermarchés, qui rançonnent à longueur d’année leurs fournisseurs et leurs clients, font leur publicité sur l’essence à prix coûtant, un mois durant. Une campagne dont on parle beaucoup plus et qui coûte beaucoup moins cher que des heures de spots payants à la télévision.

Les partis de droite et d’extrême droite ont également enfourché ce cheval. Pour eux, s’apitoyer sur le sort des petites gens lorsqu’on est dans l’opposition est aussi naturel que les étrangler lorsqu’on parvient aux affaires. De plus, en se plaçant exclusivement sur le terrain des taxes, des primes et des mesures gouvernementales, ils évitent soigneusement de parler du coût de la vie en général, des salaires, de leur blocage de fait, et du patronat qui voit ses profits augmenter d’autant.

Les travailleurs salariés, les chômeurs, les retraités doivent payer rubis sur l’ongle non seulement les taxes sur les carburants mais la TVA sur tout ce qu’ils consomment, les hausses de prix de tous les produits de première nécessité, du logement jusqu’à la nourriture. Pour y faire face, pour vivre, les travailleurs n’ont que leur salaire, leur allocation ou leur pension. Ils n’ont d’autre solution que de se battre pour leurs propres revendications de salaire, avec leurs propres armes de salariés.

C’est peut-être devant cette perspective, la transformation d’une colère de consommateurs en mouvement de travailleurs salariés, que Macron commence à en rabattre. Raison de plus pour aller dans ce sens.

Paul GALOIS