Ministre : glyphosceptique mais FNSEA compatible

24 Octobre 2018

Nouvellement nommé par Édouard Philippe à l’Agriculture et à l’Alimentation, Didier Guillaume, ex-sénateur PS, s’est immédiatement illustré dans les médias.

Interrogé par RTL sur le lien possible entre l’affaire des bébés malformés et l’utilisation massive du glyphosate dans l’environnement des mères, il a assené : « C’est à la science et aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y ait des conséquences à l’usage des pesticides ou pas ». À la suite de cette prise de position assez peu conforme au principe de précaution, il s’est empressé, fonction oblige, de rappeler l’engagement présidentiel de sortir tôt ou tard de l’usage du glyphosate dans l’agriculture.

Or, avant d’accéder à la rue de Varenne, Guillaume, alors sénateur, avait fait partie de ceux qui avaient voté contre l’interdiction du glyphosate, ce qui correspondait aux souhaits de la FNSEA, l’organisation des gros céréaliers, et aux intérêts de l’industrie agroalimentaire et phytosanitaire, nom poli des fabricants de pesticides.

Au même moment Monsanto, la firme qui fabrique le RoundUp et le RangerPro à base de glyphosate – classé par l’OMS comme « cancérogène probable pour l’homme » – vient d’être condamnée en appel par une juge californienne pour avoir agi avec « malveillance » en « cachant la dangerosité » du produit. Un jardinier atteint d’un cancer en phase terminale, vraisemblablement à la suite de l’usage répété de l’herbicide, s’est ainsi vu attribuer des dommages et intérêts.

Sur ce sujet sensible qui touche la population, à commencer par les travailleurs de l’agriculture et les riverains des zones agricoles où l’épandage de pesticides est loin de se limiter aux pointillés cadastraux des parcelles, le ton est donné. Le nouveau ministre n’est pas là pour défendre la santé des uns et des autres. Mais il est connu dans les milieux patronaux de la filière agricole et agroalimentaire pour avoir remis en place le TODE (travailleurs occasionnels, demandeurs d’emplois), un cadeau fiscal pour les producteurs agricoles qui emploient des travailleurs saisonniers.

Dans un gouvernement au service du grand patronat, qu’attendre de plus d’un ministre ?

Viviane LAFONT