Contrôle au faciès : racisme policier ordinaire

24 Octobre 2018

En mars 2017, de retour d’une sortie scolaire en Belgique, trois lycéens d’Épinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis, avaient été interpellés et fouillés par la police à la Gare du Nord, à Paris, devant leurs camarades de classe et leur professeur indignés.

Ces trois jeunes d’origine marocaine, malienne et comorienne, ont porté plainte pour discrimination. Le procès de ce contrôle au faciès s’est déroulé le 22 octobre.

L’État a déjà été condamné récemment pour discrimination dans des affaires proches, sans que visiblement cela ne change ni le comportement des policiers chargés des contrôles, ni les instructions de leur hiérarchie. En 2016, la Cour de cassation avait pourtant inversé le régime des preuves dans ce type d’affaire, en obligeant à présent l’État à « démontrer soit l’absence de discrimination, soit une différence de traitement justifiée par des éléments objectifs. »

Or le représentant de l’État n’a pas apporté de telles preuves puisque seuls trois élèves sur toute une classe ont été contrôlés. D’ailleurs dans son rapport sur l’incident, un des policiers de la Gare du Nord a écrit qu’ils étaient restés calmes pendant le contrôle car « ils ont régulièrement l’habitude de se faire contrôler dans leur cité », démontrant involontairement que ces discriminations racistes sont répandues. Le Défenseur des droits, personnage officiel de l’État, a même chiffré à vingt fois plus élevée cette probabilité de contrôle au faciès.

Le procureur, qui prend ses instructions auprès d’une hiérarchie qui remonte à la ministre de la Justice, a été obligé de reconnaître que ces trois jeunes aient pu se sentir « injustement contrôlés ». Mais il demande qu’ils soient déboutés au nom de « l’État de droit » et le représentant de l’État, mécontent que les pratiques de la police soient en accusation, demande même qu’ils soient condamnés à 4 500 euros en réparation...

Le jugement sera rendu dans quelques semaines, mais avec une telle attitude des rouages supérieurs de l’État, le racisme d’une partie de la police ne peut être qu’encouragé.

Lucien DÉTROIT