Air France : soldes sur les salaires

24 Octobre 2018

Un accord sur les salaires vient d’être signé entre le nouveau patron d’Air France, Ben Smith, et la CFDT, la CGC, FO et l’UNSA, associées à des syndicats dits non représentatifs. La CGT et Sud n’ont rien signé, comme le SNPL, principal syndicat de pilotes, qui veut négocier des revendications catégorielles avec la direction.

Cet accord comprend des mesures communes à tout le personnel (au sol, hôtesses et stewards, pilotes) et d’autres, spécifiques aux diverses professions de la compagnie.

Cela se traduit pour 2018 par une hausse des salaires de 2 % (incluant les 0,6 % et 0,4 % déjà donnés) avec effet rétroactif au 1er janvier. En 2019, il y aura une augmentation de 2 % au 1er janvier, puis une hausse de la prime uniforme annuelle en juin, qui passera de 1 400 à 1 500 euros. La rémunération minimale augmente, elle, de 200 euros brut annuels.

Si certains syndicats y voient une avancée importante, la signature de l’accord n’a suscité ni cris de victoire ni déception dans les ateliers, bureaux et hangars. En fait, les négociations direction-syndicats semblaient lointaines aux travailleurs, même s’ils estiment que cela améliore un peu ce qu’avançait l’ancienne direction. C’est « à la hauteur de la combativité des derniers mois », a dit un travailleur des ateliers d’Orly, d’autres ajoutant : « Par les temps qui courent, c’est toujours bon à prendre. »

L’accord stipule que la négociation annuelle obligatoire de 2019 sera soumise à trois critères : « l’environnement économique global, la situation du groupe Air France-KLM et la performance économique de la compagnie ». Autant dire que le personnel ne doit en attendre que des miettes. Car si les actionnaires ont un peu puisé dans leur cagnotte pour s’offrir un serviteur venu d’outre-Atlantique à… 10 000 euros par jour, ils en attendent un fort retour sur investissement. Ou plutôt, sur le dos des quelque 50 000 salariés de la compagnie.

Et il y a fort à parier que la direction ne va pas tarder à annoncer la contrepartie de cet accord. Car sitôt finies les parlotes avec les syndicats, le baratin des remerciements et du « travailler ensemble… » dit en anglais ou pas, le personnel n’a aucun mal à le traduire : vous allez travailler plus et vous passer l’envie de faire grève, pour remplir les poches des actionnaires.

Après quinze jours de grève de février à mai pour 6 % d’augmentation compensant six ans de gel des salaires, la direction a voulu, par cet accord, en finir avec l’expression de revendications salariales plus que justifiées. Mais on voit bien que ce qu’elle a fini par lâcher – et qu’elle n’aurait même pas cédé sans ces journées de blocage du trafic – reste loin de couvrir ce que les salariés d’Air France ont perdu en pouvoir d’achat ces dernières années, et ce qu’ils vont perdre avec l’inflation.

Et c’est pire pour les salariés des sous-traitants d’Air France pour lesquels l’accord ne prévoit rien. Qu’ils soient dans la sécurité (Aser), le nettoyage et l’assistance (Challancin et GSF), la maintenance (Dalkia), la logistique et le transport (Geodis)… ces travailleurs voient leurs conditions de travail et de rémunération se dégrader, et sont sous la menace de licenciements ou de réductions d’effectifs chaque fois qu’Air France revoit à la baisse les contrats avec leurs employeurs. Eux aussi font bouillir la marmite pour les actionnaires de la compagnie, et eux aussi ont exprimé leur colère ces derniers temps contre leurs patrons et indirectement contre le commanditaire qu’est Air France.

L’appétit des actionnaires continuant de tirer vers le bas les conditions d’existence des travailleurs d’Air France et de la sous-traitance, tôt ou tard leur colère éclatera. Ben Smith comprendra alors, et sans interprète, ce que le mot grève veut vraiment dire.

Correspondant LO