Logement : du HLM aux copropriétés dégradées

17 Octobre 2018

Le gouvernement a annoncé le 10 octobre un plan de lutte contre la dégradation des logements dans de nombreuses copropriétés, qui sont le plus souvent issues de HLM. Ce problème risque de s’aggraver du fait des mises en vente de HLM à leur locataire. Selon les objectifs fixés par la nouvelle loi sur le logement, les ventes devraient être multipliées par deux et demi.

Sur la base d’une enquête de l’Insee de 2006, la Fondation Abbé-Pierre avait estimé à plus de 356 000 le nombre de logements dégradés au sein des copropriétés, soit un sur vingt. Les causes en sont une mauvaise gestion courante des copropriétés, la vétusté de certains logements anciens et un grand nombre d’impayés, qui entraînent des problèmes croissants d’entretien et l’absence de rénovation.

En fait, devenir propriétaire fragilise les ménages dont un ou plusieurs membres connaissent le chômage, la précarité, des salaires à la baisse. En 2010 déjà, le poids du logement dans le budget des ménages à bas revenu accédant à la propriété était de 42,8 %. À cela s’ajoutent des frais de déplacements quotidiens plus élevés du fait que les logements les moins chers se situent loin du centre des agglomérations. Ce n’est pas étonnant qu’il y ait un souci pour payer les charges !

La baisse des revenus conjuguée à la hausse des prix de l’immobilier a aggravé le problème. Chaque gouvernement a eu son plan. Celui de Macron se base sur un nouveau recensement effectué par les préfectures, qui ne trouvent plus que 56 000 logements faisant partie de 684 copropriétés dégradées, sur 26 sites en France métropolitaine. Son plan consiste à « mobiliser » trois milliards d’euros sur dix ans, en y incluant des crédits et des possibilités d’emprunt qui existent déjà. Non seulement ces mesures risquent d’être en grande partie virtuelles, mais la vente accélérée de logements HLM se traduira nécessairement par la multiplication de telles copropriétés dégradées.

La nouvelle loi 2018 sur le logement en passe d’être votée a pour objectif de faire passer le nombre de ces ventes de 8 000 à 20 000 annuellement. Une tentative du même genre avait déjà eu lieu sous Sarkozy, mais cette fois le gouvernement pense que certains organismes HLM seront pris à la gorge du fait qu’il les prive d’une partie de leurs ressources et leur impose une augmentation de la TVA. Et comme le gouvernement n’est pas à une hypocrisie près, les logements vendus resteront comptabilisés comme logements « sociaux » pendant dix ans au lieu de cinq aujourd’hui, ce qui dispensera les communes de les remplacer par de nouvelles constructions de HLM.

Jean SANDAY