Retraites : le pouvoir prépare ses attaques

10 Octobre 2018

Après s’en être pris de front aux retraités actuels, qui ont subi l’augmentation de la CSG et un nouveau blocage des pensions par le biais d’une revalorisation bien inférieure à l’évolution des prix, Macron et son gouvernement voudraient s’en prendre maintenant aux futurs retraités. À la veille de la rencontre prévue avec les syndicats, mercredi 10 octobre, le gouvernement a lancé un nouveau ballon d’essai, visant à remettre en cause l’âge du départ à la retraite.

La proposition sur laquelle il demande qu’on réfléchisse serait l’instauration d’un âge pivot à 63 ans, en deçà duquel le salarié qui prendrait sa retraite se verrait appliquer une décote. En clair, même si l’âge légal de départ en retraite resterait à 62 ans, le salarié partant à cet âge verrait son montant de pension diminué, sans qu’on sache de combien exactement. Pour avoir sa retraite à taux plein, sans aucune décote, il devrait attendre et partir à 63 ans. Ce serait une forte incitation financière à reculer son départ à la retraite, car dès maintenant, et sans même cette mesure, une grande majorité des retraités ne touchent qu’une pension bien inférieure à ce qu’il faudrait pour vivre décemment.

Bien évidemment, il s’agit d’une fourberie de plus de la part de Macron et de ses ministres, pour faire passer une attaque contre les retraités. Mais ce ballon d’essai, évoquant une décote pour ceux qui partiraient en retraite à 62 ans, Macron ne l’a pas inventé : il a été le chercher dans la besace du patronat et de la majorité des syndicats. En effet on le trouve dans un accord sur les retraites complémentaires signé par le Medef et la CFDT, la CFTC et la CGC, en octobre 2015, sous Hollande donc, qui s’appliquera au 1er janvier 2019. À partir de cette date, tous les salariés qui partiront à 62 ans ou même plus tard, c’est-à-dire à la date où ils auront réuni leurs droits à une retraite à taux plein, se verront appliquer pendant trois ans une décote de 10 % de leur pension de retraite complémentaire. Pour échapper à cette décote, ils devront travailler une année de plus, c’est-à-dire jusqu’à 63 ans ou au-delà.

En fait, sur ce terrain, le gouvernement avance encore à pas comptés. Ainsi, à la veille de la rencontre avec les syndicats, dont l’objet était théoriquement de clarifier les positions du gouvernement, Macron a annoncé que rien ne serait définitivement arrêté avant les élections européennes. Les attaques contre les retraités ont en effet été une des premières causes de la montée des mécontentements dans le pays et du rejet de plus en plus affiché de Macron dans les classes populaires. La dernière sortie de Macron sur les retraités, sommés d’admettre qu’ils doivent faire des sacrifices, a encore nourri ce rejet.

Le report prouve au moins que Macron se sent moins fort que ses airs autoritaires peuvent le faire croire et qu’il craint la colère qui pourrait éclater parmi les victimes de sa politique : les travailleurs présents et passés. Mais cela rappelle aussi que le monde du travail doit se méfier comme de la peste de dirigeants syndicaux qui, à l’image du secrétaire de la CFDT Berger, font semblant de menacer le gouvernement alors qu’eux-mêmes ont déjà souscrit par ailleurs aux mêmes attaques contre les salariés. Plus que jamais, les travailleurs ne doivent faire confiance qu’à eux-mêmes et à leurs propres forces.

Paul SOREL