Privatisations : de la fraîche pour les bourgeois

10 Octobre 2018

La loi Pacte autorise le gouvernement à aller jusqu’à privatiser totalement Aéroports de Paris et Engie (ex-GDF-Suez), et à réduire de 72 % à moins de 20 % sa part dans le capital de la Française des jeux.

Ce sont des entreprises prospères, et les députés des oppositions de droite et de gauche ont accusé le gouvernement de « brader les bijoux de famille », tout en prenant le risque de faire passer des secteurs essentiels sous contrôle de l’étranger. Mais cette vente vise justement à livrer au capital privé des sociétés immédiatement rentables. Il s’agit d’assurer aux investisseurs des profits garantis sans trop de risques et des valeurs qui progressent. Et la bourgeoisie a encore en vue quelque 80 autres milliards de participations de l’État.

On ignore quelle part sera réellement vendue des milliards que l’État détient dans le capital d’ADP, d’Engie et de la Française des jeux. Mais le ministre de l’Économie, Le Maire, a déjà annoncé à quoi ira le produit de la vente : d’une part au remboursement d’une partie de la dette de l’État, d’autre part à un fonds de dix milliards « pour une innovation de rupture », annoncée par Macron en début d’année.

L’expression est obscure, mais on peut être sûr que les milliards en question finiront dans les poches habituelles : celles des banquiers et des industriels qui, pour leurs profits, ne sont jamais en mal d’innovation !

Le Maire a bien sûr juré, la main sur le cœur, que l’État conserverait sur les sociétés qu’il propose à la vente un contrôle strict, avec cahier des charges précis et régulation des prix. Certains ont ressorti le couplet des petits actionnaires à encourager. On sait ce que valent les engagements d’un État tout dévoué à la classe riche : les patrons font ce qu’ils veulent et l’État regarde ailleurs quand les prix galopent, que le service rendu diminue et que les salariés sont licenciés ou poussés vers la sortie. C’est ce qui s’est passé à France Télécom et dans nombre d’entreprises privatisées. Du moment que les actionnaires empochent, aux yeux des ministres, tout est pour le mieux.

Vincent GELAS