Casino : grandes manœuvres spéculatives

10 Octobre 2018

Dimanche 23 septembre, à 23 h 43, Casino a publié un communiqué révélant « une tentative de rapprochement » de la part de Carrefour et indiquant que son conseil d’administration « a décidé à l’unanimité de ne pas donner suite à cette approche ». À 2 h 45, Carrefour démentait avoir sollicité Casino et dénonçait « une proposition de rapprochement qui n’existe pas ».

Qu’a-t-il bien pu se passer pour qu’en pleine nuit de fin de week-end les dirigeants des deux groupes s’expriment dans l’urgence ?

Depuis le début de l’année, le cours de l’action Casino s’est effondré. La valorisation du groupe, c’est-à-dire la valeur estimée de ses actifs, ne couvre plus le montant de ses dettes. Et c’est précisément cette situation qui motive et fait agir une meute de fonds spéculatifs, sociétés de trading, banques prêteuses et concurrents de Casino. Chacun veut profiter de la mauvaise posture de Casino pour s’emparer de ce qu’il restera de ses actifs et du marché représenté par ses clients.

Dans une interview au quotidien financier britannique The Financial Times, le PDG de Casino a dénoncé les attaques de 18 fonds spéculatifs, dont certains n’ont pas six mois d’existence, avec en tête de peloton un fonds nommé Muddy Waters (Eaux boueuses, en français) qui spécule à la baisse sur le titre Casino depuis décembre 2015. La vague spéculative actuelle a été amplifiée fin août à l’annonce de la non-publication du bilan d’une des sociétés du groupe Casino. Et elle s’est encore accélérée après l’annonce de la réunion le 12 septembre des dirigeants de Casino et Carrefour.

Pour tenter de faire face à ces attaques répétées, le PDG de Casino s’est résolu à vendre dans un premier temps ses magasins de Thaïlande et du Vietnam. Cela n’a pas suffi. Il vient d’annoncer la vente des murs de 55 Monoprix en France pour pouvoir respecter les échéances d’une dette en octobre. Mais ces mesures ne font qu’aiguiser encore plus les appétits des spéculateurs et de certains des concurrents.

La seule chose certaine, dans ces batailles entre requins de la grande distribution, est que le sort des travailleurs n’entre absolument pas en ligne de compte. Pour se défendre, ils devront crier haut et fort que, quoi qu’il arrive, il n’est pas question de toucher à leur emploi et à leurs salaires. Pour eux, il ne s’agit pas de combines financières, mais de leur vie.

Philippe Logier