Aquarius : Macron avec Salvini contre les migrants

10 Octobre 2018

Samedi 6 octobre, des dizaines de milliers de manifestants ont répondu à l’appel de SOS-Méditerranée dans une soixantaine de villes en France, mais aussi à Bruxelles, Berlin, Madrid et Palerme, pour réclamer qu’un pavillon de navigation soit donné à l’Aquarius.

Après avoir débarqué cinquante-huit migrants à Malte, le navire est arrivé le 4 octobre à Marseille, son port d’attache, sans perspective de reprendre la mer. Panama lui a retiré son pavillon, comme l’avait fait Gibraltar un mois auparavant. Médecins sans frontières, qui affrète le navire avec SOS-Méditerranée, a publié un communiqué dénonçant des « pressions politiques et économiques évidentes » sur les autorités panaméennes de la part du gouvernement italien.

Ce gouvernement et son ministre de l’Intérieur d’extrême droite, Salvini, sont parvenus à immobiliser le dernier bateau humanitaire en opération en Méditerranée centrale. Mais la campagne contre les ONG, présentées comme complices des passeurs, a commencé sous le gouvernement précédent. Marco Minniti, ministre de l’Intérieur et membre du Parti démocrate, avait choisi ce cheval de bataille pour préparer les élections de 2018. Mais c’est l’extrême droite qui les a remportées et qui peut sans complexe étaler sa démagogie et ses mesures anti-migrants, refusant aux humanitaires d’accoster dans les ports italiens et menant campagne pour leur interdire de naviguer.

Le gouvernement italien parvient à ses fins parce que SOS-Méditerranée n’a reçu le soutien d’aucun gouvernement de l’Union européenne. Rien n’empêcherait le gouvernement français d’accorder un pavillon de navigation à l’Aquarius, comme l’ont réclamé des manifestants en France le 6 octobre. Mais, pour Macron, c’est hors de question, et ce n’est pas une surprise. Il a lui-même entonné le refrain de l’extrême droite en juin dernier, affirmant qu’un bateau d’humanitaires « faisait le jeu des passeurs ».

S’il se présente comme l’incarnation d’une Europe du progrès, Macron s’abrite derrière l’absence d’accord européen pour refuser d’accueillir les migrants. L’Europe humaniste dont il se gargarise dans ses discours dépend donc du bon vouloir des gouvernements d’extrême droite d’Italie, de Hongrie ou d’Autriche. Pour Macron, lutter contre l’extrême droite, c’est en accepter la pression, que ce soit à l’échelle de la France ou de l’Union européenne.

Alors, l’Aquarius restera à quai peut-être pour longtemps. Des migrants disparus en mer en paieront le prix, quand on sait que le bateau a secouru 29 000 personnes entre 2016 et 2018. Mais cela n’entre pas en compte dans les calculs politique des dirigeants d’extrême droite comme du soi-disant progressiste Macron.

Boris SAVIN