Scandale de l’amiante : des patrons empoisonneurs blanchis

03 Octobre 2018

Dans l’affaire qui oppose des travailleurs de Valeo-Ferodo de Condé-sur-Noireau, dans le Calvados, contaminés par l’amiante, aux dirigeants de cette usine, le parquet de Paris vient de demander un non-lieu général.

Si les juges d’instruction suivent l’avis du parquet, les cinq patrons mis en examen pour homicides et blessures involontaires n’auront même pas à répondre devant la justice d’avoir exposé de nombreux travailleurs à cette fibre mortelle.

Quand, en 1997, l’État a interdit l’amiante en France, reconnaissant qu’il était responsable d’affections pulmonaires et de cancers incurables, des salariés de Condé-sur-Noireau ont entamé une procédure pénale contre les gérants de leur usine. On y dénombre des centaines de maladies et de décès causés par l’amiante, qui est responsable de 3 000 morts par an au niveau national, principalement du fait des expositions professionnelles.

L’argument juridique avancé pour enterrer ce procès par un non-lieu est qu’il est impossible de dater précisément la contamination. Pourtant les périodes d’exposition des salariés sont connues depuis 1952 et les patrons qui leur ont caché la nocivité de l’amiante aussi. C’est comme si, devant l’impossibilité d’identifier et de dater précisément la cigarette responsable d’un cancer du poumon, on prétendait que le tabac ne tue pas !

Depuis vingt ans, la justice a pris son temps pour examiner cette plainte. L’avocat des anciens salariés de Valeo-Ferodo constate qu’elle « joue la montre : plus le temps passe, plus les victimes décèdent, (...) plus ça devient une vieille histoire et, surtout, plus les gens impliqués dans cette affaire eux aussi disparaissent. Bientôt, il n’y aura plus rien à juger. Le combat va cesser faute de combattant. »

Si la justice enterre ce procès, dans lequel sont aussi entendus en tant que témoins assistés une dizaine de responsables à différents niveaux de l’État, dont Martine Aubry, ancienne ministre socialiste du Travail, ce sont une vingtaine d’autres affaires similaires qui pourraient être classées sans suite au plus grand soulagement des capitalistes qui ont tiré bénéfice de l’amiante, comme ceux d’Eternit ou de Saint-Gobain.

La tenue d’un procès pénal est une nécessité pour les victimes encore en vie ou leurs proches, qui veulent que les coupables soient désignés officiellement. Ils manifestent chaque année pour que se tienne enfin un grand procès de l’amiante. Son absence serait une victoire morale pour le patronat, qui refuse d’avouer que les conditions de travail qu’il impose entraînent blessures et maladies, parfois mortelles. Beaucoup de patrons y gagneraient car, comme le dénonce l’une des avocates de l’Andeva, association des victimes de l’amiante, avec le raisonnement du parquet de Paris, « aucun responsable qui expose ses salariés à un produit cancérogène ne peut être poursuivi vu que l’on ne connaît jamais la date précise d’une contamination ».

Dans le scandale de l’amiante, où les victimes sont des travailleurs, le parquet de Paris, qui agit sous la responsabilité de la ministre de la Justice et du gouvernement, a choisi son camp : celui du patronat.

Lucien DÉTROIT