Italie : quel “revenu de citoyenneté” ?

03 Octobre 2018

Le ministre du Travail, Luigi Di Maio, s’est affiché triomphant au balcon du palais Chigi, siège du Conseil des ministres italien, au soir du 27 septembre. Au terme d’un très médiatique bras de fer avec Giovanni Tria, le ministre de l’Économie, Di Maio a en effet obtenu d’inclure son projet de revenu de citoyenneté dans le prochain budget, quitte à augmenter la prévision de déficit à 2,4 % du PIB.

« Nous ramenons à la maison le budget du peuple qui, pour la première fois, efface la pauvreté, grâce au revenu de citoyenneté auquel dix milliards sont réservés », a affirmé Di Maio. Le ministre du Mouvement 5 Étoiles (M5S) dans ce gouvernement de coalition y est en concurrence avec Salvini, ministre de l’Intérieur et membre du parti d’extrême droite La Ligue.

L’attribution d’un revenu minimum était l’une des promesses de campagne du M5S et elle lui a valu de remporter haut la main les élections dans les régions les plus touchées par la pauvreté. Dans le sud du pays, près de 25 % des familles sont considérées dans une situation de pauvreté relative et plus de 10 % en pauvreté absolue.

Le revenu de citoyenneté était donc pour Di Maio un objectif politique essentiel, d’autant que, depuis le début du gouvernement de coalition, c’est Salvini qui occupe le devant de la scène avec une politique agressive contre les migrants et des déclarations tonitruantes pour dire qu’avec lui, l’Italie et les Italiens ne sont plus aux ordres de l’Europe.

Di Maio a donc joué à son tour le rôle du rebelle aux exigences de l’Union européenne, qui impose de ne pas creuser le déficit, d’autant que l’économie italienne est parmi les plus endettées et fragiles d’Europe. Et il a enjoint à Tria, ministre de l’Économie, indépendant de la Ligue comme du M5S, et « monsieur technique » du gouvernement, d’accepter un budget au déficit plus élevé que le 1,6 % du PIB prévu au départ.

On comprend que les millions de personnes privées de ressources puissent se réjouir à l’annonce de la prochaine mise en place d’un revenu minimum. À entendre Di Maio, plus personne ne devrait désormais toucher moins de 780 euros par mois. En réalité, ce ne sera pas le cas, puisqu’en sont d’ores et déjà exclus les étrangers ne pouvant prouver qu’ils résident en Italie depuis au moins dix ans.

Et ce revenu viendra compléter certains minima sociaux, pour arriver à 780 euros. Ainsi, les retraités qui touchent aujourd’hui un minimum vieillesse de 400 euros environ se verront allouer au maximum 380 euros supplémentaires.

Di Maio s’est également empressé de préciser : « Je ne donnerai pas un centime à une personne qui veut rester sur son canapé à ne rien faire. Le revenu de citoyenneté est un pacte : tu vas au centre pour l’emploi, tu fais 8 heures de travaux utiles par semaine et tu dois te former pour un travail. (…) Ensuite, je te fais trois propositions de travail. Si tu les refuses, tu perds le revenu et si tu les acceptes, tu perds aussi le revenu. » Pour illustrer son propos, il a cité en exemple l’État du Mississippi et son application web mettant les travailleurs sans emploi à disposition des patrons, ou encore les experts allemands qui gèrent le marché des mini-jobs et des centres de placement des chômeurs. Le point commun, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique, est la possibilité de disposer de travailleurs pour un coût très bas.

Di Maio pense avoir réussi une opération politique qui lui a permis d’occuper ces derniers jours plus de plateaux télé que son allié-rival Salvini. Les chômeurs sans revenu auront peut-être la possibilité de sortir un peu la tête hors de l’eau. Mais les conditions d’attribution de ce faible revenu de citoyenneté pourraient s’apparenter à une mise au travail forcé sous peine de privation des chômeurs de tout revenu. Conditions et salaires seront ceux voulus par les administrations et par le patronat, dispensant ceux-ci de procéder à de véritables embauches.

Les travailleurs, tous les travailleurs, ont droit à un revenu permettant de vivre, quoi qu’il en soit de la crise de l’économie, quitte à partager le travail entre tous. Ce droit, ils devront l’imposer par la lutte, sans attendre les aumônes de Di Maio.

Nadia CANTALE