Antilles : Macron est allé se faire voir

03 Octobre 2018

Emmanuel Macron s’est rendu pour une visite de quatre jours en Martinique, Guadeloupe, puis à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, accompagné d’une petite troupe de cinq ministres.

Il est arrivé en Martinique le mercredi 26 au soir. Le lendemain matin, une manifestation appelée par plusieurs syndicats et associations contre sa politique a rassemblé plus de 300 personnes dans les rues de Fort-de-France. Nos camarades de l’organisation trotskyste Combat ouvrier avaient aussi appelé à ce défilé, qui fut très dynamique.

À Saint-Martin, île ravagée par le cyclone Irma il y a un an, bien des problèmes demeurent. Plusieurs écoles en particulier sont encore sinistrées et la population ne s’est pas privée de le faire savoir à Macron. Mais c’est sur les bailleurs sociaux, en particulier la Semsamar (Société d’économie mixte de Saint-Martin), qu’il rejette la responsabilité de la lenteur de la reconstruction, et il promet des sanctions. Lors de sa visite du quartier d’Orléans, un des plus pauvres de l’île, il a dû frapper à la porte d’habitants pour se sentir un peu entouré. Il a même posé avec deux jeunes dont l’un sortait de prison, voulant sans doute montrer sa proximité avec le peuple et la jeunesse.

Il est vrai que dans ce quartier il a dû en faire plus qu’ailleurs, puisque de nombreuses familles n’ont toujours pas de toit pour s’abriter. Toujours à Saint-Martin, le président a clamé haut et fort son amour inconditionnel des pauvres. Amour qui se traduit par quelques bisous, leçons de morale et des injonctions à se prendre en main. Mais, pour les entreprises et particulièrement l’hôtellerie, il est question de défiscalisation accrue et d’une baisse supplémentaire des cotisations sociales.

Macron s’en est pris par ailleurs aux immigrés, nombreux à Saint-Martin, qui viennent dit-il profiter des lois sociales. Il a appelé à un renforcement des contrôles et des expulsions. Mais ce sont eux qui, surexploités, payés à bas prix, ont bâti hôtels, maisons et autres constructions. Ils effectuent aussi toutes sortes de petits boulots sous la vigilance de patrons voyous, du genre flibustiers des Caraïbes modernes.

Le séjour a été émaillé de quelques perles : à un jeune, Macron a répondu que les chômeurs devaient se prendre en charge et accepter n’importe quel emploi. Près de 55 % des jeunes et 25 % au moins de la population adulte sont au chômage en Guadeloupe.

Concernant la pollution par le chlordécone et son impact sur la santé des ouvriers agricoles et de la population, selon lui, « aujourd’hui aucune étude n’établit un lien de cause à effet ». La Martinique et la Guadeloupe détiennent pourtant le record mondial du taux de cancers de la prostate. Les travailleurs de la banane en Martinique ont interpellé Macron à ce sujet. Il reconnaît cependant que ce pesticide « n’est pas bon pour la santé » et que l’exposition des travailleurs agricoles pourrait être prise en compte comme maladie professionnelle. L’utilisation de ce produit serait dit-il le fruit d’un « aveuglement collectif ». Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ! Interdit en 1990, le chlordécone a continué d’être utilisé aux Antilles jusqu’en 1993 sur dérogation de l’État, puis au moins jusqu’en 2007 par des planteurs, dans une totale impunité. 95 % des habitants seraient contaminés.

Restent les problèmes aigus qui pénalisent gravement la population : la pénurie d’eau liée à la vétusté du réseau, le délai de construction et le financement du nouveau CHU en Guadeloupe, l’ancien ayant brûlé il y a près d’un an. Sur tous ces problèmes, sur la réhabilitation du CHU de Martinique, sur la protection des communes du littoral contre les invasions d’algues sargasses, Macron s’est contenté de rappeler le niveau de participation déjà annoncé de l’État. Il s’agit de montrer qu’il n’y a pas raisons de se plaindre, puisqu’on vous le dit.

Macron a confirmé la suppression de l’abattement fiscal de 30 % existant, qui concerne aujourd’hui tous les contribuables en Guadeloupe. Selon lui, cela n’affectera que 4 % de la population. Mais rien n’est moins sûr. Certains faibles revenus pourraient être soumis à impôt alors que jusque-là ils y échappaient. Là encore, Macron embrouille et jette de la poudre aux yeux.

Il n’y a eu rien de nouveau de la part d’un président qui a dû forcer le trait à outrance pour tenter de refaire une image ternie.

Pierre JEAN-CHRISTOPHE