Accueil des migrants : les ambiguïtés de Mélenchon

03 Octobre 2018

À l’initiative des rédactions de Médiapart, Politis et Regards, un manifeste pour l’accueil des migrants circule sur Internet et a déjà été signé par de nombreuses personnes, dont des personnalités du monde du spectacle, des écrivains, des militants politiques, dont nos camarades Arlette Laguiller et Nathalie Arthaud.

Le manifeste dénonce la montée de l’extrême droite en Europe et la généralisation des discours politiques faisant des migrants les responsables de tous les méfaits engendrés par la crise du capitalisme. Les auteurs du texte s’opposent à la fermeture de plus en plus hermétique des frontières, à une politique toujours plus répressive à l’encontre des migrants. Ils revendiquent à juste titre la liberté de circulation et l’égalité d’accès aux droits sociaux dans les pays d’arrivée.

La signature du manifeste par d’anciens ministres ou des responsables de partis ayant soutenu des gouvernements dont la politique a conduit à la situation actuelle n’est bien sûr pas dénuée d’arrière-pensées. Certains, à la veille de nouvelles échéances électorales, cherchent à se refaire une virginité humaniste avec les migrants, dont ils justifiaient parfois les expulsions hier. Mais le refus de signer le manifeste par Mélenchon montre aussi toute l’ambiguïté volontaire que le leader de la France insoumise entretient sur la question.

En réponse à des journalistes de France 3 qui lui demandaient dimanche 30 septembre de s’expliquer sur son refus d’apporter sa signature au texte, il a prétendu y trouver « un petit côté mondain ». Comme si l’accueil dans des conditions décentes de tous ceux qui fuient la misère et la guerre après avoir franchi la Méditerranée en risquant leur vie était une revendication étrangère au monde du travail.

Mélenchon préfère une nouvelle fois ne pas heurter les sentiments xénophobes d’une partie de l’électorat, pour ratisser large à la veille des élections européennes. Loin d’être un tournant, cette attitude est dans la continuité de ses positions passées. En juillet 2016, il avait accusé les travailleurs détachés de « voler le pain des travailleurs qui se trouvent sur place ». Bien sûr, Mélenchon est un politicien suffisamment retors pour savoir dire tout et son contraire en fonction du public auquel il s’adresse, parlant à l’occasion de régulariser une partie des sans-papiers ou d’accueillir les quelques rescapés sauvés par l’Aquarius.

Mais cela ne l’empêche pas, au travers de petites phrases, de reprendre à sa façon les préjugés distillés par toute la classe politique à l’encontre des migrants. Lors de sa rentrée politique à Marseille début septembre, il a ainsi réitéré son opposition à leur liberté d’installation, parlant « des nombreux problèmes que poseraient aux sociétés d’accueil (…) les vagues migratoires ».

Un responsable influent se présentant comme un défenseur des classes populaires se montre ainsi complaisant à l’égard d’idées xénophobes, qui désignent les migrants comme responsables de l’aggravation du chômage, due au patronat, et de la réduction des aides sociales, décidée par ­Macron et son gouvernement. Cela augure bien mal de la politique qu’il pourrait mener si jamais il accédait au pouvoir.

Les travailleurs, d’où qu’ils viennent, ont les mêmes intérêts. Leur force dans les luttes de demain dépendra aussi de leur capacité à rejeter tout ce qui contribue à les diviser, selon les lieux où ils sont nés et où ils ont vécu ou se sont retrouvés contraints à s’installer pour vivre. En son temps Marx disait déjà en substance qu’un travailleur est partout chez lui. Alors, vive la liberté de circulation et d’installation pour tous !

Gilles BOTI