Viol : un crime souvent sans châtiment

19 Septembre 2018

Les statistiques que vient de publier le ministère de la Justice indiquent qu’en dix ans, entre 2007 et 2016, le nombre de condamnations prononcées chaque année pour violences sexuelles est en baisse continue de 25 %, et même de 40 % en ne comptant que les viols ayant mené à une condamnation en cour d’assises, qui ne sont plus qu’un millier. Alors que selon le ministère lui-même, l’engorgement croissant de la justice reporte à plus tard une éventuelle condamnation. Il y aurait aussi un « effet Outreau », la crainte de renouveler cette terrible erreur judiciaire.

En tout cas, un écart s’est creusé entre le nombre de condamnations et le nombre de viols que les femmes osent déclarer, en hausse de 40 % en dix ans. En 2017, ce nombre a atteint 16 400, ce qui ne correspond toujours qu’à une partie des viols effectivement commis, estimés à 75 000 par an. Cet écart-là en dit long aussi sur les pressions de toutes sortes qui incitent les femmes à se taire, en particulier quand l’agression provient d’un homme de la famille.

Qu’ensuite une partie des plaintes se perdent en route, la raison principale n’en est pas dans le manque de moyens, pourtant bien réel, de la police et la justice pour enregistrer et instruire les dossiers, elle est que les femmes sont considérées par avance comme coupables de leur propre agression. Pour que leur témoignage soit pris en compte, il leur faut fournir tous les détails, prouver leur non-consentement, et la justice prend le temps d’examiner si par hasard elles n’ont pas fourni de circonstances atténuantes à leur agresseur par leur tenue vestimentaire ou leur mode de vie trop « libre ».

Alors que la justice est taillée sur mesure pour défendre la propriété privée, elle ne l’est pas pour protéger les droits élémentaires des femmes. Individuellement, elles n’ont pourtant pas d’autre moyen que tenter un recours devant cette justice. Mais la question posée est bien celle d’une société dans laquelle le fait que les femmes soient opprimées et agressées continue de faire partie de la normalité.

Jean SANDAY