Brésil : élections sur fond de crise

19 Septembre 2018

Des élections générales auront lieu au Brésil le dimanche 7 octobre. L’enjeu est de taille pour tous les partis et pour une foule de politiciens qui sont candidats aux assemblées d’État, au Parlement fédéral et au Sénat. Il y aura un second tour le 28 octobre, pour les postes uniques de gouverneur d’État et de président, s’il n’y a pas de majorité au premier tour.

La campagne présidentielle a eu longtemps pour favori l’ex-président Lula (2003-2010), du Parti des travailleurs (PT). Il recueillait 40 % dans les sondages. Mais sa condamnation à douze ans de prison dans l’affaire de corruption Petrobras lui a valu d’être disqualifié. On ignore quelle proportion des électeurs de Lula se reportera sur Haddad, maire de Sao Paulo de 2013 à 2016, qui lui succède comme candidat du PT.

Le premier dans les sondages, avec 26 %, est désormais Bolsonaro. Ce député d’un parti inconnu, ancien militaire et nostalgique de la dictature (1964-1984), s’est fait connaître par ses propos racistes, misogynes, homophobes et antiouvriers. Le 6 septembre, un déséquilibré lui a donné deux coups de poignard. Cela le fait apparaître comme une victime de l’insécurité, un de ses grands thèmes de campagne, et le dispense de faire campagne personnellement. Certains croiront ainsi à l’homme neuf, non compromis dans les scandales et proche du bon peuple. Mais ce serait oublier l’odieux du personnage, qui récemment à la télévision déclarait normal que les femmes gagnent 25 % de moins que les hommes.

Chacun des autres candidats prétend qu’il est le plus capable de battre Bolsonaro au second tour. Il semble en effet difficile que celui-ci soit élu. La lutte pour la seconde place au premier tour est ouverte, avec pour favoris Haddad du PT et Alkmin du PSDB. Ces deux partis ont occupé la présidence depuis 1995, avec Cardoso, Lula et Dilma Rousseff. Quel changement !

C’est la situation qui a changé ces dernières années. C’en est fini de la prospérité liée aux prix élevés des matières premières agricoles et minières dont le pays est gros exportateur. La crise touche maintenant le Brésil. Les dollars fuient et l’économie stagne. La monnaie a perdu 9,4 % de sa valeur en un mois et l’inflation a été de 3 % au premier semestre. Le chômage touche 13 millions de travailleurs (13 %) et 5 millions, découragés, ne cherchent plus de travail. Les réformes contre le monde du travail se succèdent : salaires, horaires, contrats, sécurité, santé, école, tarifs publics, rien n’est épargné. La Cour suprême vient de valider l’extension illimitée de la sous-traitance. On annonce déjà une énième réforme des retraites.

Un certain nombre de travailleurs croient que le vote Bolsonaro sera une protestation contre cette situation et contre les politiciens corrompus qui se proposent de l’aggraver. C’est se faire des illusions, car Bolsonaro ne remédiera évidemment ni à la corruption ni à l’insécurité. C’est à la bourgeoisie brésilienne qu’il offre ses services pour imposer à coups de gourdin une exploitation renforcée.

Vincent GELAS