Rentrée étudiante : un Parcoursup… vers le privé

12 Septembre 2018

C’est la rentrée universitaire et le nouveau système d’affectation des étudiants Parcoursup n’a pas résolu les problèmes de l’ancien (APB). Pour le ministère, tout va bien : « Près de 600 000 candidats ont accepté une proposition d’admission. 3 000 bacheliers sont en attente d’une proposition d’admission, ces candidats sont accompagnés. On compte encore plus de 127 000 places disponibles. »

En réalité, bien plus de 3 000 lycéens sont restés sur le carreau. D’après les chiffres mêmes du ministère, il restait encore 141 000 jeunes dont les vœux n’avaient pas été satisfaits, et non les 3 000 sur lesquels il communique.

La différence, soit 138 000 jeunes, est constituée de jeunes sortis du système. Cela ne veut pas forcément dire qu’ils n’ont rien, mais qu’ils ne se servent plus de Parcoursup pour trouver une place. Le ministère dit que des dizaines de milliers de places sont disponibles. Mais si ces places sont à deux ou trois heures de transport, dans une autre région, une autre spécialité, si elles se sont libérées tard du fait de ce système de listes d’attente interminables, comment s’étonner que les jeunes et leurs familles, découragés, soient sortis du système ?

Las d’attendre la place qu’ils voulaient, ceux qui le pouvaient se sont tournés vers le privé. Leurs familles, inquiètes de ne pas avoir de place en juillet, ont fait l’effort de les inscrire dans ces établissements à 5 000 ou 8 000 euros l’année. D’autant que, dans bien des cas, étudier signifie aller dans une autre ville, s’y loger, résoudre les problèmes de transport, voire chercher un job, toutes choses qui ne se font pas dans l’affolement de la rentrée de septembre.

Et, depuis vingt ans, les effectifs de l’enseignement supérieur privé ne cessent d’augmenter : alors que le nombre d’étudiants du public n’augmentait que de 30 %, celui du privé doublait et il y a eu un boom des inscriptions cet été. Ainsi, la pagaille introduite par le nouveau système aura peut-être pour effet, non seulement d’accroître la sélection et de rejeter des étudiants, jugés non adaptés aux études, sans leur apporter de solution, mais de pousser les familles vers le privé. Au passage, les universités ont vu leurs moyens de sélectionner les étudiants renforcés, ce dont les jeunes des milieux populaires ont probablement été les principales victimes.

Plusieurs syndicats étudiants et lycéens appellent à participer à la journée d’action interprofessionnelle du 9 octobre. Imposer au gouvernement d’augmenter massivement les moyens de l’ensemble du système éducatif, c’est en effet la seule voie pour que chaque jeune puisse suivre les études de son choix.

Alain LECAIRE