Recomposition à gauche ? Merci, on a déjà donné

12 Septembre 2018

Des représentants de presque toutes les chapelles de la gauche gouvernementale se sont retrouvés à Marseille, dimanche 9 septembre. L’occasion leur en était donnée par l’un d’entre eux, Emmanuel Maurel, frondeur resté au PS après les débâcles électorales de 2017.

Constatant que la reconstruction du PS serait une tâche digne de Sisyphe, Maurel tente d’élargir son audience et invite largement. Chacun y est donc allé de son couplet sur « l’unité nécessaire ». Jean-Luc Mélenchon a fait un appel direct à la gauche du PS qui n’y a pas été insensible, semble-t-il. L’Humanité, le quotidien du PCF, note avec satisfaction que « la recomposition va bon train ».

Mais, si les mots ont un sens, cette recomposition ne pourrait être qu’une nouvelle mouture de l’union de la gauche, telle qu’elle a gouverné sous Mitterrand ou sous Jospin. Bien entendu, les uns et les autres préfèrent oublier l’épisode Hollande, qu’ils ont pourtant tous porté sur les fonts baptismaux. Mais en quoi les travailleurs auraient-ils intérêt à repartir pour une expérience de ce genre, dans laquelle les promesses des politiciens de gauche ont débouché sur une politique semblable à celle des gouvernements de droite ?

Les différents partis de gauche ne proposent même pas, ce qui serait pourtant un minimum, de revenir sur les réformes anti-ouvrières de Macron, pas plus d’ailleurs que sur celles de Hollande. Ils se contentent de discours creux sur la République, les services publics, la répartition des richesses, la transition écologique, mille fois entendus et jamais suivis d’effets lorsque les orateurs deviennent ministres. Arrivés au gouvernement, leurs prédécesseurs à la tête de la gauche se sont inclinés et ont fait la politique exigée par le grand patronat. Cela a entraîné une démoralisation des travailleurs, une hémorragie de militants, un affaiblissement des organisations ouvrières. En quoi la « recomposition » en cours, si elle se confirme, devrait-elle être différente ? La volonté de ses dirigeants de gérer les affaires des capitalistes ne peut qu’entraîner la trahison des intérêts ouvriers.

Pire encore, alors que l’extrême droite nationaliste et xénophobe se sent le vent en poupe, des politiciens de gauche reprennent une partie de son répertoire. Et de se gargariser des frontières, du protectionnisme, du drapeau, des missions de l’armée et de son budget.

C’est autour de bien d’autres idées que les travailleurs peuvent retrouver des perspectives. Face au capitalisme en crise ils doivent reprendre confiance dans leurs propres forces, dans leurs luttes, dans leur capacité à changer cette société.

Paul GALOIS