La Poste : priorité sociétale...

05 Septembre 2018

La Poste se félicite d’avoir obtenu des syndicats CFDT, FO, CGC et CFTC la signature d’un accord qu’elle appelle pompeusement « banque à priorité sociétale ». Cet accord prétend protéger les postiers des bureaux situés en zones dites sensibles contre les incivilités.

Dans les quartiers populaires les plus frappés par la crise, il est indéniable que les tensions aux guichets peuvent très vite monter. Car il est insupportable pour un travailleur sans emploi de s’apercevoir par exemple que les aides auxquelles il a droit n’ont pas été versées sur son compte. De même qu’il est insupportable pour les agents de La Poste de faire face à longueur de journée aux coups de colère et à la détresse des usagers.

C’est d’autant plus vrai que, bien souvent, le postier derrière le guichet n’a pas la main sur le traitement des opérations : il doit joindre le centre financier et trouver le bon interlocuteur avant de pouvoir espérer, peut-être, au bout d’un temps certain, répondre à la demande qui lui est faite. De plus, les employés de La Poste, en sous-effectif permanent, ont rarement le temps, et pas toujours le droit, d’aider un usager qui a du mal à écrire et à remplir son formulaire. Les suppressions d’emplois par dizaines de milliers depuis vingt ans se traduisent dans les bureaux de poste par l’obligation pour les usagers de se débattre avec les automates pour placer un chèque ou envoyer un recommandé... ce qui contribue à détériorer une situation déjà tendue.

L’accord dont se vante La Poste ne changera rien à tous ces problèmes. Il ne couvre qu’un nombre de bureaux limités, dont elle entend présenter la liste détaillée aux syndicats signataires... dans quelques mois ! Ce qu’il propose aux postiers de ces bureaux difficiles est bien mince : quelques promotions, l’augmentation de 100 euros d’une prime annuelle et quelques embauches supplémentaires – en fait guère plus d’une centaine nationalement. Le texte prévoit des formations sur la prévention des incivilités, ainsi qu’une éventuelle présence accrue de vigiles. Il n’y a là que du sparadrap sur une jambe de bois. Quant à la possibilité de sanctionner les clients agressifs, en allant du dépôt de plainte à la fermeture du compte en banque, c’est une mesure purement répressive – qui en dit long sur ce que La Poste entend par des mots comme « social » ou « sociétal ».

Aux guichets comme ailleurs, dans les centres de tri ou encore à la distribution, La Poste ne cesse de restructurer pour supprimer toujours plus d’emplois et accroître ses bénéfices. Dans ce contexte, les mesurettes contenues dans le nouvel accord ne changeront rien aux difficultés que subissent au quotidien les travailleurs de La Poste.

La vie est de plus en plus dure dans les banlieues populaires, en grande partie du fait de la crise et de la guerre sociale que le patronat mène à la classe ouvrière. Mais une grande entreprise comme La Poste n’exploite, ne précarise et ne licencie pas moins que PSA ou Carrefour, et elle a sa part de responsabilité dans cette dégradation générale. Alors quand elle se permet de proposer des conseils aux postiers pour les aider à gérer leur stress, c’est une vraie provocation... qui méritera un retour de bâton.

Correspondant LO