Medef - gouvernement : petits chagrins, grand amour

29 Août 2018

À la veille de l’université d’été du Medef, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie et des Finances, a annoncé que la baisse de cotisations patronales de 4,1 % au niveau du smic, prévue pour le 1er janvier 2019, était décalée de 10 mois, report qui permettra au gouvernement d’économiser deux milliards d’euros sur le budget 2019.

Évidemment, cet ajournement chagrine les patrons. Le gouvernement leur avait promis un très gros cadeau, et la somme promise pour l’an prochain est un peu réduite. D’ailleurs, Geoffroy Roux de Bézieux, le nouveau président du Medef, n’y voit pas une déclaration de guerre, et fait la part des choses : « C’est un mauvais signal. Aujourd’hui, il y a un discours pro-business, il y a un certain nombre de réformes positives […]. Il ne faut pas donner de signaux contradictoires. »

Car, derrière ce petit report, il y a toujours la très grande largesse du gouvernement envers le patronat. Le Maire a tenu à préciser que les entreprises ne seront pas perdantes. Au 1er janvier 2019, elles bénéficieront comme prévu de la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en baisse pérenne de cotisations patronales pour les salaires inférieurs à 2,5 smic. Et cette bascule cache une générosité à coups de milliards. Sous sa forme actuelle, le dispositif du CICE, fondé sur les rémunérations de l’année précédente, agit avec un an de décalage, sous forme de crédit d’impôt. En conséquence les entreprises, d’une part toucheront en 2019 leur dernier chèque au titre du CICE de 2018, et d’autre part verseront moins de cotisations. Le bénéfice pour les entreprises, et donc le coût pour les finances publiques, est estimé entre 18 et 20 milliards d’euros. Bingo !

Et il ne faut pas oublier les autres mesures déjà effectives ou en cours : la suppression de la taxe sur les dividendes, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), le prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur les revenus du capital, la poursuite de la baisse de l’impôt sur les sociétés (IS) pour parvenir à un taux unique de 25 % en 2022, histoire d’être, prétend le gouvernement, dans la moyenne européenne.

Merci qui ?

Bertrand GORDES